J'aurais aimé...

J’aurais aimé Manosque et la Provence comme berceau de mon enfance !
J’aurais aimé séjourner au Paraïs !
J’aurais aimé avoir 20 ans au Contadour pour vivre la grande aventure ! Lire la suite...

jeudi 31 octobre 2013

Hortense, où l'Eau Vive...


"Une magnifique fresque provençale"


En 1956, Jean Giono écrit en collaboration avec Alain Allioux, le scénario et les dialogues du film de François Villiers "L'Eau Vive" qui sera présenté au Festival de Cannes en 1957.
Cette histoire retrace la vie d'une famille sur plusieurs générations, dans les montagnes de l'Ubaye.
Vers 1880, Martin Fabre s'établit dans cette contrée sinistre et s'enrichit dans le commerce du bois. Ce pays sévère change cependant lorsque la Durance est en voie d'être domestiquée par le Barrage de Serre-Ponçon.
Félix, le fils de Martin a su acheter des terrains destinés à être engloutis et les revendre avec un énorme bénéfice, il a une fille, Hortense, il cache son magot, se méfiant de sa famille et bien décidé a en faire profiter sa fille, mais il meurt.
Hortense raconte à son oncle Simon, comment, après la mort de son père, séquestrée par sa famille dans la cave de la maison paternelle d'Ubaye, promise à la noyade lors de la montée des eaux du lac, elle s'est échappée et a retrouvé l'argent caché par son père dans un poste de télévision!



Film tourné en 5 ans, "L'Eau Vive", c'est à dire la Durance, est entrain de bouleverser quelques millions de vies humaines. La disparition du village de Savines, qui sera reconstruit plus loin et du village d'Ubaye  dont les habitants , très pauvres se trouvent miraculeusement enrichis par les sommes versées pour les exproprier.
Alors Jean Giono, sans prendre la peine de changer le nom des villages, sans compter même sur le recul du temps, brosse une magnifique fresque provençale.

C'est un film tourné en décors naturels, sur les lieux mêmes de l'action, à la saison exacte, d'une authenticité scrupuleuse, une senteur particulière, celle-là même de la chaude terre provençale.
G.M. Tremois - Radio Ciné






Joséphine 
"Il va falloir que nous déménagions tous à Savines, moi comme les autres. Tu sais bien que Savines va être noyée."
Simon 
"On en a parlé. De là à ce que ça se passe."
Joséphine 
"Ça se fait. La preuve, c'est qu'on a commencé à nous payer pour qu'on s'en aille. Je connais cinq familles qui sont déjà parties. Tu regardera demain matin en passant dans la grande rue. Les volets sont clos. On dirait des maisons de morts. Quand la moitié seulement des maisons de Savines auront fermé leurs volets comme celles-là, on se croira revenus au temps du choléra."
Simon 
"Et l'usine, Joséphine?"
Joséphine 
"L'usine comme le reste, avec sa grande cheminée et toutes ses machines, la gare avec son horloge et sa sonnette. L'église avec ses cloches, l'école avec ses bancs, la mairie avec sa Marianne, le cimetière avec ses croix."
Simon 
"Tu exagère, Joséphine. Avant que l'eau n'arrive, on vous donnera le temps de déménager vos cloches et votre Marianne."
Joséphine 
"Savoir quand l'eau viendra?"
Simon 
"Il y a des ingénieurs qui sont payés pour le savoir ma belle!"


Savines, avant la démolition (source internet - site de la mairie de Savines)



Jean Giono, au premier plan, de dos
 sur le tournage de l'Eau Vive (source internet INA.fr)
Hortense 
"Regarde, Oncle, tous ces camions. Ils ont des roues comme des meules de blé. Ils vont nous écraser nos moutons. Ils vont nous les tuer l'Oncle."
Simon 
"On ne tue pas les moutons, Grenouille, on les mange."
Hortense  
"J'ai peur, l'Oncle."
Simon 
"Peur, mais de quoi, Grenouille?"
Hortense 
"De tout. Des roues, des hommes avec leurs casques, des camions qui sortent de la montagne, des tunnels avec leur nuit au fond, des montagnes toutes nues qu'ils sont entrain de gratter. Tout tremble. C'est du bruit. C'est la guerre, l'Oncle."


Hortense (Pascale Audret) et Simon (Charles Blavette)
 sur un Euclid  (1) (source Radio ciné)

Hortense  était prisonnière dans la cave de sa maison d'Ubaye au moment de la montée des eaux. Sauvée in-extremis , elle a retrouvé l'argent caché par son père dans le poste de télévision. Alors une nouvelle vie va pouvoir commencer...

Simon 
"Qu'est-ce que tu avais dans la tête?"
Hortense 
"On aurait un troupeau. On achèterait une bergerie."
Simon 
"Bergerie, bergerie. Ce serait vite fait, mais ici dans la Crau, dans un pays que tu ne connais pas. Il y en a à vendre. Je pense à une : si tu as deux millions , elle est à toi."
Hortense 
"J'en ai trente!"
Simon 
"Il faudra évidemment un peu la requinquer, comme toi, et, tu verras, elle sera belle comme toi. Cette Crau, avec son peu d'herbe et son trop de pierres, il a suffi jusqu'à présent qu'on l'aime et elle a vécu. Elle a survécu à sa misère."
Hortense 
"Nous monterons à la montagne tous les ans."
Simon 
"Nous monterons à la montagne si tu veux revoir le pays ou tu es née. Parce que l'herbe que nous allions chercher là-haut, on dit que la Durance va nous l'apporter ici, à domicile..." 



Hortense et son oncle Simon - Photo extraite du film (source internet)

"Elle va mettre du limon sur ces terres désertes. Les arbres vont pousser, les vergers vont s'aligner. Cette terre va devenir un pays aimable. Tu l'aimeras comme ton père a aimé l'ancien pays qui est maintenant sous les eaux..." Jean Giono - l'eau vive





La vallée de la Durance en aval du barrage, à hauteur de Rémollon
"Les arbres ont poussé, les vergers se sont alignés. Cette terre est devenue un pays aimable..."



(1) "Les Euclid" - Ballet incessant d'énormes semi-remorques importés des États Unis, marteaux piqueurs, pelles mécaniques et bulldozers.
Le gigantisme de ce chantier est comparable à une fourmilière humaine, le chantier emploiera 2000 à 3000 ouvriers de jour comme de nuit.
(2) Film dont les dialogues sont de Jean Giono est sorti en DVD en avril 2013 - François Villiers - réalisateur, avec Pascale Audret dans le rôle d'Hortense et Charles Blavette dans le rôle de l'oncle Simon et bien sûr dans le rôle principal le chantier titanesque de Serre-Ponçon!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Bonjour,
Merci de votre intérêt pour mon blog et Jean Giono.