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mercredi 21 mai 2014

Le Hussard sur le toit...la quarantaine et la menace du choléra....Episode 4


Angelo et Pauline reprirent le chemin de Gap...


"Le chemin débouchait à cent pas de l'entrée du village, sur une petite route très bien entretenue où Angelo et la jeune femme égayés de matin se lancèrent au trot allongé." 



"Ils débouchèrent sans pouvoir faire volte face sur une sorte de placette pleine de soldats et transformée en souricière..."
(...) La jeune femme était entourée de cinq ou six dragons qui la retenaient et la masquaient complètement."





(...) "- Nous ne comprenons rien à ce qui arrive, monsieur, dit poliment Angelo.
-" D'où êtes-vous et où allez-vous" ?
- "Nous sommes de Gap, dit la jeune femme et nous rentrons chez nous."
(...) On ne rentre pas chez soi, madame, dit le lieutenant. Il est défendu de voyager. Ceux qui sont sur les routes doivent rejoindre une quarantaine.
- Il vaudrait mieux nous laisser rentrer chez nous, dit doucement mais avec beaucoup de gentillesse la jeune femme (...) 
- conduisez les à Vaumeilh, je n'ai pas à savoir ce qu'il vaudrait mieux."

"Ils débouchèrent sur une vaste esplanade éblouissante de blancheur, devant le portail d'un château fort."



Le fort des têtes à Briançon , les scènes de quarantaine y ont été tournées

"Ils tournèrent dans un autre couloir aussi long que le premier mai éclairé par des fenêtres grillées qui donnaient sur une cour en contrebas."

Désormais Angelo ne pense plus qu'à un chose : l'évasion !


"Or, regardez ces couloirs, Je peux manoeuvrer de façon à n'en avoir jamais que deux en face."
- "Je vous défends de vous battre de cette façon-là", dit gravement la jeune femme.

"Son mince visage en fer de lance avait aux pommettes le rose d'un certain désordre. (...) Angelo en était encore à ce visage soudain bouleversé et à ces lèvres tremblantes.
"Elle est très belle" se disait-il.
L'endroit où ce visage avait eu ces feux était resté en tache blanche dans sa mémoire."


Pauline dans la quarantaine


Angelo et Pauline, escortés par une nonne arpentèrent les couloirs et escaliers de la quarantaine pour atterrir dans une immense salle, Angelo toujours déterminé à organiser leur fuite, resta à l'affût de la moindre occasion. Pauline n'était pas dupe...


"-Soyez tranquille, dit-elle, je vous ai vu examiner la largeur des portes,compter les pas et prendre des points de repère. On ne pouvait pas vous choisir de quarantaine plus excitante. Vous êtes forcé de vous échapper."



" Angelo et la jeune femme restèrent eux aussi interdits au seuil de la grande salle(...) L'éblouissante lumière qui transperçait la quarantaine d'outre en outre, sans rien laisser à l'ombre, exaltait jusqu'au jaune terreux de la paille, faisait luire à la fois le drap fin des redingotes et l'ordure qui les salissait."









" Nous sommes résolus, nous sortirons d'ici à la nuit. Vous n'avez  là, sous les yeux que des gens crasseux et morts de peur qui plastronnent parce que pour eux la révolte est de mauvais goût. Pour moi, non."


Alors Angelo décida qu'il fallait agir, ils cheminèrent dans l'obscurité, d'abord debout faisant sauter des portes avec la poudre, ensuite ils marchèrent à quatre pattes dans des décombres pour déboucher enfin à l'air libre :


" Angelo vit qu'ils venaient de déboucher dans un escalier en tire-bouchon,(...)Quelques détours plus bas ils rencontrèrent le jour, et enfin, ils arrivèrent à une porte qui ouvrait sur le jardin de thym.
Le crépuscule d'automne commençait à tomber. Ils restèrent cachés."


"Enfin, il commença à faire sombre.(...) Angelo courut jusqu'au bord du rempart, se pencha et revint.
Il n'y a que trois ou quatre mètres de hauteur, dit-il. (...) Ils firent un paquet de tout le bagage.
"Je le porterai dit Angelo, il faut faire notre deuil des chevaux."



"Angelo mit le baluchon sur son dos et ils descendirent
 le glacis qui était en pente douce."

"Quatre mètres à sauter, c'est peu somme toute.
Cinq minutes après ils étaient sur le glacis. La jeune femme avait sauté sans faire d'histoire (...) Tout était d'une extrême facilité."


Ils marchèrent six heures à travers bois, se dissimulant à chaque bruit, et enfin s'arrêtèrent pour prendre un peu de repos, Angelo installa Pauline et prit la garde. Au petit matin il prépara le thé et la polenta.



Angelo et Pauline dans la chapelle
(chapelle Saint Claude sur la commune  de Noyers-sur Jabron)

"Le thé était fait et la polenta cuisait sur un feu magnifique quand la jeune femme s'éveilla.
"Ne bougez pas, dit Angelo, vous êtes toujours morte de fatigue"

IL lui donna du thé bouillant très sucré."

 Rassasiés ils reprirent la route non sans avoir repousser la vindicte des villageois alentours, Angelo dût les menacer de son arme pour les faire reculer, le danger et la menace étaient palpables.


"Angelo serrait les crosses des pistolets avec beaucoup de conviction. (...)


"Nous avons quatre coups à tirer et comme vous avez vu, madame sait se servir de ses outils. Après ça, regardez ce que j'ai sous le bras. Il y a là de quoi vous hacher en petits morceaux et au moindre geste, je ne m'en ferais pas faute.(...) Mes pistolets portent parfaitement bien à quinze pas. Vous voilà prévenus."



" La route se promenait sur le plateau, de grandes montagnes couleur de lilas qui avaient été cachées jusque-là sous la lumière, montaient de tous les côtés. La profondeur de lointaines vallées grondait au moindre mouvement d'air."



En chemin ils rencontrèrent un piéton, clarinette solo à l'opéra de Marseille.


"Cet homme avait l'air d'être un habitué de la route.(...) Angelo lui demanda s'il n'avait pas une idée sur la direction qu'il fallait suivre pour aller à Gap.
"J'ai mieux qu'une idée dit-il, j'ai une carte."


Ils avancèrent avec l'homme jusqu'à la tombée de la nuit et se séparèrent :

"D'ailleurs je vais vous quitter. Je ne vais pas à Gap. Et cette route qui est la vôtre me détourne de mon chemin désormais."
Angelo et la jeune femme lui firent des adieux plutôt froids. Il prit par le travers du bois. Il paraissait être à son affaire.

Ils continuèrent la route, Angelo toujours très attentif à sa compagne.

"Je crois que nous avons assez marché pour aujourd'hui, dit Angelo. Je ne vous aurais jamais cru si forte. Mais n'exagérons pas. Il faudra en faire autant demain."
"Je suis fatiguée, en effet, dit-elle. (...) 
"Personne ne peut aller au-delà de sa force physique. Il n'y a pas de quoi avoir honte. Moi-même je suis fatigué."

"Ils quittèrent la route et pénétrèrent dans le sous-bois. (...) Ils choisirent un grand hêtre sur le bord du vallon et ils se mirent à son couvert.


Là, le film ne suit pas  tout a fait le roman
(Pauline et Angelo sont accompagnés du colporteur joué par Jean Yanne)



Le hêtre, vingt années après (été 2013) sur le plateau du Contadour
étrangement, l'arbre est situé à deux pas des lieux de tournage de Crésus 
"Angelo fit le campement au pied du hêtre où la feuillée morte était épaisse et chaude. (...) Puis, bien certain qu'on restait là, se coucha paisiblement sans faire de manières.
"Tâchez de dormir " dit Angelo."


Au petit matin ils reprirent la direction de Théus


"Ils marchèrent par des bois montueux, sous un ciel de plus en couvert qui faisait des gestes menaçants (...) Les nuages avaient fini par se résoudre à une petite pluie fine qui suintait à peine sous les sapins. (...) et à un quart de lieue environ, devant eux la tache rougeâtre d'une clairière et la façade d'une grande maison. (...) Ils coururent, l'averse les rattrapa. 







Le château de Saint Albin de Vaulserre (Isère) a servi de décor au film


"Nous devons pouvoir entrer là-dedans, dit Angelo, faire du feu dans une cheminée et passer la nuit à l'abri"
(...) "Le hall donnait dans l'entrée d'où partait une cage d'escalier bien ronde."(...) Il n'y a qu'à faire du feu dans cette cheminée et rester là."



Dans la cave Angelo trouva du vin, il fit de la polenta et ils burent ensemble




"Il déboucha une bouteille de 'Clairet' et la poussa vers la jeune femme (...) Ils avaient envie d'autre chose que du thé depuis longtemps."






Une certaine ivresse s'empara d'eux, maintenant avec la fatigue et le vin ils se confiaient doucement l'un à l'autre et quand Pauline évoque la maladie, la réponse d'Angelo est immédiate :





"Je voulais dire que nous sommes des compagnons et que nous n'avons rien à craindre l'un de l'autre puisque au contraire nous nous protégeons , nous faisons route ensemble. Nous nous efforçons de ne pas attraper la maladie mais, si vous l'attrapiez, croyez-vous que je foutrais le camp?"



"Vous ne m'êtes pas indifférente du tout . Je vous fais du feu et de la polenta depuis dix jours et, au lieu d'aller à mes propres affaires, je pousse avec vous du côté de Gap..."
- Où je vais, je l'espère retrouver mon mari. Car je l'aime. Ceci non plus n'a pas l'air de vous émouvoir beaucoup.
- C'est tout naturel puisque vous l'avez épousé."
(...) -  Nous avons trop bu, dit la jeune femme. (...) Voulez-vous que nous songions à dormir?
Ils choisirent deux chambres dont les portes se faisaient face..."


Tous les textes en italique de cet article sont extraits de Hussard sur le toit de Jean Giono

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