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mercredi 13 janvier 2016

De Saint Rémy à Arles, des Alpilles à la Camargue... De Nostradamus à Vincent Van Gogh et Frédéric Mistral...



"Il est vain de vouloir réunir..."


"Il est vain de vouloir réunir ce que Dieu a désuni. Il y a deux Provences très différentes l'une de l'autre. La Basse-Provence circule à plat sur la rive gauche du Rhône. (...) La Haute-Provence déroule ses bastions de collines (...) C'est le pays sur lequel se sont éboulées les Alpes. Les collines d'altitude moyenne qui en recouvrent les trois quarts gardent encore les traces d'un bouleversement géologique alpin." Jean Giono - Provence

Même si je déroge un tout petit peu à mon amour pour la Haute-Provence ce pays secret, il me fallait parler de cette "autre Provence'', celle du Félibrige, plus brillante et attractive , plus folklorique aussi que celle de Jean Giono,  c'est vrai que l'auteur en parle peu mais j'ai pu  trouvé dans ses écrits des références à la région souvent quelque peu "ironiques" !!


Les barrières de cyprès typiques des Alpilles


Saint Rémy-de-Provence et Nostradamus


Saint Rémy, Une place ombragée

"Passé le pont de Bonpas, de l'autre côté de la Durance on entre dans les Champs Elysées. Jusqu'aux Alpilles, la plaine est couverte de cyprès. C'est un immense jardin funèbre à la Louis XIV, un potager pour Eurydice jardinière."

"(...) Sur le versant nord des Alpilles, saint Rémy s'écorche jusqu'au sang Romain et même Gallo-Grec."
Jean Giono - Provence

Saint Rémy, une ruelle
Saint Rémy, c'est la patrie de Nostradamus, il y est né le 14 Décembre 1503 et est décédé le 2 Juillet 1566 à Salon-de-Provence.
Nostradamus, Prophète, Poète, Médecin, Astrologue ? Qui est-il vraiment ? Nous dirons donc poète pour suivre Jean Giono. Il est surtout connu pour ses prédictions et ses prophéties sur la marche du monde.






Maison natale de Nostradamus


Voici ce qu'en disait Jean Giono qui ne possédait pas moins de sept éditions de Nostradamus dans sa riche bibliothèque :

" Nostradamus est le plus grand poète de la Basse-Provence, et peut-être même de la Haute) On a tort de vouloir lui faire expliquer le futur ; il ne l'explique que comme l'expliquent Clément Marot, Maurice Scève, Jodelle, La Boétie, Jean de Sponde, etc. Ces vers sont parmi les plus beaux qu'une mémoire puisse retenir pour alimenter son auberge espagnole." Jean Giono - Provence



Détail du buste de Nostradamus sur la fontaine portant son nom

Saint Rémy c'est aussi un grand site Gallo-Romain, le Glanum, les Antiques, l'Arc de triomphe...

Vue aérienne du Glanum (source internet)

l'Arc de Triomphe
... Et une toute petite partie de la vie de Vincent Van Gogh, le peintre séjourna  un an au Monastère Saint Paul de Mausole, (juste à côté des Antiques à la sortie de Saint Rémy en grimpant vers les Baux) exactement du 3 Mai 1889 jusqu'au 16 Mai 1890, peu avant sa mort, il y peignit de nombreuses toiles toutes plus belles les unes que les autres. 

Le Monastère abrite un asile qu'on appelle aujourd'hui "Maison de santé Saint Paul"


Le monastère Saint Paul de Mausole
Et son cloître fleuri
La cellule de Vincent
Peut-on rester insensible devant cette magie des couleurs ??


Vue sur le jardin depuis la cellule de Vincent

" Voilà tout un mois que je suis ici, pas une seule fois le moindre désir d'être ailleurs m'est venu, la volonté pour retravailler seul s'affermit un tantinet. (...) Mais quel beau pays, et quel beau bleu et quel soleil ! et encore je n'ai vu que le jardin et ce que j'aperçois à travers la fenêtre..."Lettre de Vincent à son frère Théo 
( Saint Rémy -Juin 1889)







"Je t'envoie un croquis de cigale d'ici . Leur chant dans les grandes chaleurs a pour moi le même charme que le grillon dans le foyer du paysan chez nous. Mon brave - N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir."
Lettre de Vincent à son frère Théo ( Saint Rémy -Août 1889)





"Le champ de blé de Van Gogh c'est le champ de blé plus Van Gogh. Il y a le champ de blé de Dieu, il y a le champ de blé du propriétaire du champ de blé, il y a le champ de blé de celui qui passe sur la route et puis il y a le champ de blé de Monsieur Van Gogh. C'est un champ de blé particulier, c'est un mensonge, c'est à celui-là que nous intéressons."
Jean Giono - Entretiens avec Jean Amrouche - Gallimard 

Mais Saint Rémy, c'est avant tout la douceur provençale, un gros bourg ancré dans ses traditions et bercé par le chant des cigales, des ruelles pétillantes ou mystérieuses sous le soleil, de belles boutiques, un gros marché provençal  qui envahit tous les mercredis les rues de la cité, un boulevard circulaire à l'ombre des platanes , des terrasses de café colorées et bruyantes, des restaurants, des arènes et le folklore des courses camarguaises et si vous cherchez un peu de fraîcheur allez donc vous promener le long du chemin de halage qui borde le petit canal des Alpilles.



Le canal des Alpilles, havre de fraîcheur

Eygalières



Eygalières,  petit village tranquille à deux pas de Saint-Rémy, tout en beautés ... Il est entouré de vignobles et d'immenses champs d'oliviers et dominé par les ruines d'un vieux village et  de son château d'où l'on peu profiter d'un vaste panorama sur la campagne environnante et la chaîne des Alpilles.



Vue du haut du vieux village d'Eygalières

"Du haut des collines d'Eygalières (...) On domine ce Hadès légumier (...) C'est le pays de l'ombre paisible, le pas du promeneur découvrait de barrières de cyprès en barrières de cyprès, quatre ou cinq femmes noires accroupies grattant le sol autour des plans de tomates".Jean Giono - Provence

Barrière de cyprès 
Eygalières


Les Alpilles et les baux de Provence



Un ciel d'un bleu franc, un écrin de verdure, une richesse agricole incroyable, de beaux mas et propriétés, un grand vaisseau de pierre qui veille sur la vallée... Là où le végétal et le minéral ne font plus qu'un... 
Là où le vert des oliviers côtoie celui de la vigne et des arbres fruitiers formant ainsi un grand tapis magique.


La vallée des Baux, au fond les Alpilles...

Il faut s'armer de courage, après avoir garer son véhicule pour grimper en plein soleil jusqu'à ce plateau rocheux d'un autre temps , d'une richesse et d'un patrimoine sans pareil, certes beaucoup de touristes mais le panorama est exceptionnel et les grandes murailles naturelles de pierres blondes et dorées formées par les carrières qui l'entourent en font une forteresse infranchissable.



Le grand vaisseau de pierre des Baux de Provence

Le village des Baux

"En face de saint Rémy, sur le versant sud des Alpilles, les Baux fait tourner des cars de touristes autour d'une sécrétion de la reine Jeanne et d'une auberge à trois étoiles". Jean Giono - Provence


L'auberge 'trois étoiles' à l'abri des regards


Arles et la Camargue


Coucher de soleil sur les bords du Rhône à Arles

"Arles était au début du siècle, malgré Saint Trophime, les arènes, le théâtre antique et les Alycamps, une de ces villes à rues ouvertes sur le vide qu'on voir dans les westerns. Elle en a gardé quelque chose. Certaines de ses nuits sont ébranlées par des mugissements qui peuvent aussi bien venir du Rhône que du Minotaure. C'est la porte de la Camargue." Jean Giono - Provence



Cathédrale Saint Trophime


Les Arènes

Le Théâtre antique

"La Camargue est un triangle rempli d'oiseaux et de boeufs"
Jean Giono - Provence

Les boeufs

Les oiseaux


" Les boeufs qui font courir Arles laissent totalement froids plusieurs milliers de kilomètres carrés. 98 pour cent des provençaux n'ont jamais vu de courses de taureaux, ne se déplaceront pas d'un centimètre pour en voir une.(...) On me dira qu'à Arles, Tarascon, les choses sont toutes différentes. Je le crois. Ne suis-je pas entrain, précisément de dire qu'Arles, Tarascon, ne sont pas toute la Provence? Qu'elle à mille visages, mille aspects, mille caractères..."
Jean Giono - Provence


Le taureau à l'affût en rentrant dans l'arène

La course est commencée !!


Les Raseteurs
Arles c'est aussi ses ruelles ombragées, ses places et placettes où il fait bon se poser  pour un  verre ou pour un repas, c'est en effet les courses camarguaises où à la différence des corridas, c'est le taureau qui est roi et pas l'homme, ce sont des spectacles très drôles mais qui peuvent aussi être dangereux pour les raseteurs (1). C'est aussi son marché provençal réputé du samedi qui investit les boulevards de la ville à perte de vue, c'est le siège de l'éditeur "Actes Sud" et sa riche librairie des bords du Rhône et c'est encore et toujours Vincent Van Gogh...

La librairie Actes Sud

La place où il fait bon vivre
Vincent Van Gogh s'installe à Arles le 20/02/1888 , il y côtoie Gauguin, mais leur relation tourne mal. Van Gogh considéré comme dangereux est admis à l'Hôtel Dieu à la fin de 1888 ou il sera soigné suite à son oreille tranchée jusqu'à son départ pour Saint Paul de Mausole à Saint Rémy ( voir plus haut dans l'article Saint Rémy).

" Je t'assure que quelques jours à l'hôpital étaient très intéressants et on apprend peut-être à vivre des malades. J'espère que je n'ai eu qu'une simple tocade d'artiste, et puis beaucoup de fièvre à la suite d'une perte de sang très considérable, une artère ayant été coupée, mais l'appétit m'est revenu immédiatement, la digestion va bien et le sang se refait de jour en jour, et ainsi de jour en jour la sérénité me revient pour la tête. Je te prie donc d'oublier de parti pris délibéré ton triste voyage et ma maladie. Tu vois que je fais ce que tu m'as demandé, que je t'écris ce que je sens et ce que je pense."
Lettre de Vincent à son frère Théo ( Arles - fin 1888)

l'hôtel Dieu à Arles

Le même endroit peint par Vincent


Frédéric Mistral et Maillane



Tout prêt d'Arles se trouve le village de Maillane, patrie du Poète Provençal Frédéric Mistral, né  en 1830 et inhumé en 1914.
Par son travail et ses oeuvres, le poète a réhabilité la langue occitane.


Maison de Frédéric Mistral à Maillane (troisième personnage en partant de la gauche)
Aujourd'hui c'est le musée Mistral (source internet)


La statue de Frédéric Mistral dans le jardin de sa demeure de Maillane (2009)

Le tombeau de Frédéric Mistral au cimetière de Maillane (2009)

Jean Giono qui n'admettait pas d'être classé parmi les écrivains régionalistes disait de Frédéric Mistral :

"Quand on a à sa disposition une langue aussi belle que le Français, aussi importante à écrire que le Français, on n'écrit pas dans une langue qui n'est plus comprise que par une cinquantaine d'apothicaires. "
Source : (www.essaillon-sederon.net) Georges Sicard

Où encore dans ses entretiens avec Jean Amrouche :

" Vous m'avez parlé de musique populaire, vous m'avez parlé de folklore, je vous ai dit : "Il n'y a pas de folklore en Provence" Il n'y a pas de souvenirs anciens. Les souvenirs les plus anciens remontent à deux cents ans, le reste c'est l'affaire des troubadours. Il n'y a pas de souvenirs. Mistral est un escroc de génie, Mistral a tout inventé, Mistral a inventé la langue, Mistral a inventé la littérature, Mistral a tout inventé. Je suis incapable de lire Mistral, moi. On ne parle même pas le patois de Mistral chez moi. Il y a à peine quelques vieux apothicaires, quelques vieux notaires qui lisent Mistral. On lit Mistral à Paris, on ne lit pas Mistral en Provence! Il a créé cette langue de toutes pièces avec le 'Trésor du Félibrige' qui est une espèce de gros dictionnaire, dans lequel il y a des mots, des mots qui sont incompréhensibles pour les paysans et pour moi."





(1) Les courses Camarguaises : sport qui consiste à attraper (par les raseteurs à l'aide d'un crochet) des attributs primés par les commerçants et les propriétaires de Manades et qui sont fixées aux cornes des taureaux. C'est un idéal de domination de l'animal consacré (en Camargue).

dimanche 29 novembre 2015

Itinéraires de Manosque à Bargemon...

Des Alpes de Haute-Provence 
jusqu'aux collines du Haut Var...


Sur la crête de Lure ...
"on donnerait n'importe quoi pour faire les cent pas sur cette esplanade"

"On a laissé chez soi (qui nous attend) tout ce qu'on appelle le confort moderne. Soudain, ici, on s'aperçoit qu'en bas il nous manque l'essentiel. Quoi? Le temps! Le temps de vivre, le temps d'exister, le temps de faire le tour de soi-même.(...) Tout d'un coup, on voit brusquement à quoi sert la vie, et qu'on ne vit pas. N'importe qui (d'un peu bien fait) donnerait n'importe quoi pour faire les cent pas sur cette esplanade avant d'aller dormir entre ces murs contre lesquels grondent le vent." Jean Giono



Manosque, 






La résidence "Jean Giono" juste en face l'impasse du Paraïs

Les HLM de Manosque ( pas si "hideux" que ça!)


La colline du Mont d'Or à Manosque et ses vergers d'oliviers

"Il y a seulement vingt ans, Manosque avait encore les deux tiers de sa beauté(...) Tout a disparu. Manosque n'est plus qu'un ramassis d'HLM arrogants, hideux et fragiles. (...) La seule architecture de qualité est (pour quelques temps encore, mais compté) celle des collines, des plateaux et des déserts.
En voyant cette riche vallée de la Durance, on n'imaginerait pas qu'à quelques kilomètres de là existent des territoires de solitude, de sècheresse et de vent".


"La riche vallée de la Durance" (photo prise depuis le village de Lurs)


"Des territoire de solitude, de sècheresse et de vent"
(Le plateau du Contadour)


"Des collines, des plateaux et des déserts..." Source Internet



Les sommets, Mourre de Chanier , Sainte Victoire et Ventoux


"C'est là qu'il faut remercier quand la route vous hisse jusqu'à la vue qui embrasse des centaines de kilomètres carrés, jusqu'au Mourre de Chanier à l'est"...

Le Mourre de Chanier,
à l'horizon à gauche (vu du plateau des Mourres)

" ...jusqu'à la Sainte Victoire à l'Ouest "...


la Sainte victoire dans le lointain derrière le rocher de Volx
(vu du plateau des Mourres)
" jusqu'au Ventoux au Nord. (...) Toutes gentilles montagnes bien élevées, bien découpées et susceptibles de prendre un joli bleu dans l'orient de la lumière".



Le mont Ventoux (vu du contrefort d'Albion)

"Le pays bleu" (vu de la citadelle de Forcalquier)

Valensole


L'église "espagnole" de Valensole



Le plateau de Valensole aux couleurs de Juillet


"Valensole a une église espagnole (ou qu'on dirait). Elle émerge du plateau par la pointe de son extraordinaire clocher. Pendant quelques instants, il semble qu'elle sorte toute vivante d'un océan de lavande(...) le bourg est étagé sur le flan d'un val ensoleillé (de là son nom)".


Le plateau de Valensole aux couleurs de Septembre

Valensole


Puimoisson, Riez-la-Romaine,


"De là on accède en quelques kilomètres à travers les forêts de chênes blancs très sauvages, au large sur lequel vogue le village de Puimoisson. Ici les éléments de la vie ne peuvent plus rester liés ensemble sans le secours des vieux courages".

Puimoisson - photo Frederic D. (photos-provence.fr)



Les quatre colonnes romaines de Riez
(photo T. Verlinden)
(...) "A petits pas, ou à petits tours de roues, on s'en va vers Riez-la-Romaine
(...) cette vieille ville, qui conserve encore quatre très belles colonnes d'un temple (...) et des ruelles d'un moyen âge poignant."


Moustiers Sainte-Marie



Moustiers Sainte-Marie, la chapelle et les cyprès



L'étoile (photo Frédéric D.)

"La grande mise en scène est réservée pour Moustiers sainte-Marie. Brusquement par un détour de la route, on entre au Châtelet un soir où se jouerait à grand spectacle "La Passion d'Arnoul Gréban". 
Voilà Bethléem (...) C'est tout d'un coup une très grande production. La mise en scène a dû coûter les yeux de la tête. (...) On comprend avec étonnement émerveillé que les rochers, les cyprès, les oratoires, les chapelles et les croix sont en matière véritable et que le metteur en scène est Dieu."




"C'est tout d'un coup une très grande production"
photo Frédéric D. (photos-provence.fr)


"Le metteur en scène est Dieu" Au fond, le torrent.
"Quand on sera bien gorgé de théâtre, je conseille de passer ici la nuit qui éteint toutes les lampes, pour venir vers les minuit, quand tout le monde dort, écouter sur la place de Moustiers le bruit du torrent qui joue dans les échos de son ravin."

"A partir de là, la somptuosité du décor n'en finit plus..."



Les gorges du Verdon, le château d'Aiguines, Rougon.


"Nous sommes aux portes de ce que l'on appelle vulgairement les "Gorges du Verdon" c'est un paysage shakespearien avec un soupçon de Victor Hugo et beaucoup de Gustave Doré. (...) ce sont surtout des profondeurs, des à-pics et des gouffres."



L'entrée des Gorges du Verdon (1)


"La route monte le long d'amères pentes(...) C'est à ce moment là que la route nous met le château d'Aiguines en belle vue. C'est un très beau spécimen d'une noblesse qui ne transige pas. (...) il a quatre tours coiffées de Moustiers, il a profité de la pente sur laquelle il était juché pour dérouler ses escaliers."



Le château d'Aiguines (et le lac de Sainte Croix) (1)




"Un petit filet d'argent"

"C'est à ce palier métaphysique qu'il faut gagner les balcons du Verdon, car on doit se préparer aux abîmes. ceux-ci ne sont pas seulement ici des avenues perpendiculaires vers le centre de la terre. Si vous n'êtes pas sensibles au vide, penchez-vous sur l'abîme du belvédère de Rougon. Mille mètres plus bas, un petit filet d'argent luit, un petit serpent circule en silence."





"Rien de plus romantique que le mélange de ces rochers et e ces abîmes, de ces eaux vertes et de ces ombres pourpres, de ce ciel semblable à la mer Homérique et de ce vent qui parle avec la voix des Dieux morts."


Le village de Rougon
 ( collection personnelle, peinture achetée en brocante dans le haut Var)


Le plateau de Canjuers


"De l'autre côté de ces crêtes, se trouvent les grands déserts paisibles du Canjuers. Il faut se hâter de voir le Canjuers (2) pour quelques temps encore, l'Olympe ; bientôt il sera transformé en champ de tir."












(...) "Que ceux qui croient aux progrès viennent respirer ici un air qu'ils n'ont jamais goûté ; qu'ils viennent s'imprégner d'un silence auquel ils ont parfois essayer de rêver ; ils ne pourront faire leurs comptes qu'après."



Le vieux village abandonné de Brovès (3) sur le plateau de Canjuers

"Pendant près de quarante kilomètres de désert, on traverse les ruines (...) De chaque côté de la route , à perte de vue s'étendent les tas de pierre des maisons écroulées."


Brovès où ce qu'il en reste après les exercices de tirs de l'armée

Les collines du Haut Var et...Bargemon,











"Enfin une vapeur qui tremble à l'horizon signale Bargemon et on descend, tout étonné, dans un village du Moyen Âge qui paraît après ce qu'on a vu, une anticipation de l'an 2000."

La place centrale de Bargemon et ses terrasses à l'ombre des platanes

Les collines du Haut Var à Bargemon
"A Bargemon, les routes sont emmêlées comme des fils de laine dans lesquels les chats ont joué. Qu'il s'agisse de redescendre vers les pays faciles ou de continuer à monter vers l'essentiel, elles tournoient sur elles-mêmes comme si elles ne pouvaient se décider à vous conduire à un endroit ou à un autre (...) Il faut prendre soi-même la décision..."

"D'ici déjà, par dessus la vallée où dorment des saules opulents, on peut entendre les rumeurs de la Nationale 7 et même de la Côte d'Azur."


** Tous les textes de cet article sont extraits du livre Provence de Jean Giono (textes écrits en 1963)

(1) À l'entrée des gorges du Verdon se trouve maintenant la magnifique retenue d'eau du lac de sainte Croix, c'est une retenue artificielle, mise en eau en 1973 à la suite de la construction du barrage de Sainte Croix sur le cours du Verdon, Jean Giono en parle déjà dans son texte mais n'a pas connu le lac.

(2) Le plateau de Canjuers : encore appelé "Plan de Canjuers" est occupé depuis 1974 par les militaires, c'est le plus grand camp d'Europe continentale.


(3) Brovès, vieux village sacrifié, ancienne commune du département du Var, supprimée en 1972 lors de la création du camp militaire de Canjuers. (projet qui datait de 1963 ) c'est pour quoi Jean Giono l'évoque aussi.
Les habitants du village qui le souhaitaient ont été relogés dans le nouveau hameau appelé Brovès en Seillans,  construit donc sur la commune de Seillans (4) dans le Haut Var. Ce vieux village abandonné est en ruine, détruit en grande partie par les militaires, ils en firent un lieu privilégié d'exercices de tirs.

(4)Seillans - Joli village perché du Canton de Fayence, qui se trouve sous le plateau de Canjuers, c'est un endroit qui mérite le détour et où il fait bon vivre.