J'aurais aimé...

J’aurais aimé Manosque et la Provence comme berceau de mon enfance !
J’aurais aimé séjourner au Paraïs !
J’aurais aimé avoir 20 ans au Contadour pour vivre la grande aventure ! Lire la suite...

lundi 9 mars 2020

Un cinquantenaire à la hauteur de l'homme...



Merci à Alain pour sa présence fidèle, son écoute et les bons moments,
Merci à mon amie Michèle Écochard pour avoir partagé toutes ces belles journées avec moi,
Merci à tous mes amis, Michèle et  André P. pour leur aide précieuse et leur écoute attentive,
Merci à Jacques Mény pour son immense savoir et son grand professionnalisme,
Merci à Jean-Pierre Darroussin pour les belles lectures qui n'ont fait que conforter mon admiration,
Merci aux amis du Paraïs d'avoir oeuvré dans l'ombre,
Merci à Sylvie Giono d'avoir permis tout cela... 
Merci le Mucem et merci Marseille !! 


Pour Nicolas... qui attend avec impatience de me lire...!


Exposition Jean Giono à Marseille 


 Cinquantième anniversaire de la disparition de l'écrivain 

Giono, l'âme forte de la Provence...(1)


Détail de l'installation 'Un cabinet d'amateur', Clémentine Mélois au Mucem


En arrivant gare Saint-Charles ...





En  arrivant gare Saint-Charles, quelques pas rapides sur le quai avant de s'arrêter sur le parvis, halte obligatoire, la ville est là à nos pieds. 
La bonne-mère veille sur l'ensemble, les tuiles roses se dorent au soleil et à l'horizon, la mer noire et argent éblouit l'oeil pas encore apprivoisé à tant de lumière.
Il suffit cependant de descendre les escaliers monumentaux, de courir irrésistiblement vers la Canebière et enfin, nous y sommes... le Vieux Port tout de bleu vêtu,  le marché aux poissons qui brade le reste de pêche du matin,  une armée de mâts qui cliquètent sous une légère brise,  chaque chose est à sa place, les terrasses de café s'animent, le "Ferry-boat" (Ferry boîte en marseillais) interpelle les passants pour un prochain départ,  le clocher des Accoules sonne l'heure et nous, eh bien nous, nous avions tout simplement oublié combien tout cela était BEAU...!! 








Oui nous y sommes...!! Je vais réaliser enfin, maintenant,  ce dont je rêve depuis quelques mois déjà !
Direction l'esplanade du Mucem. Et c'est parti pour quatre jours d'immersion dans le monde gionien... 





Lorsque au loin je distingue enfin son nom en lettres géantes sur la paroi de verre, quelle émotion, quel sentiment de fierté... 
J'ai tant espéré cet instant, c'est une belle aventure qui commence, une belle récompense et une grande reconnaissance...  Pendant 4 mois, de jour comme de nuit ces lettres ont brillé et comme le dit mon ami André Poggio (2)

" Pendant plusieurs mois le nom de Giono s'est imposé  à la vue d'autres milliers de touristes qui ne faisaient que se promener dans le quartier le plus spectaculaire de Marseille. Dans notre monde d'affichage, ce n'est pas rien."




De jours comme de nuit, l'hommage ...

Quelques photos des dessous chics du musée,  de son environnement majestueux et de son ouverture sur la "Grande Bleue". Tout cela avant la grande découverte...!!

















André Poggio, encore, a su mieux que personne trouver les mots  pour nous raconter le lieu : 

"Le plus grand mérite du Mucem est d'avoir été érigé dans un lieu merveilleux, entre les masses considérables du fort Saint-Jean et la cathédrale, avec la colline de Saint-Laurent et le Panier en contrefort, avec la mer comme échappatoire, oui le lieu est merveilleux.
Il ne peut qu'agir bénéfiquement sur tout ce qui vient y prendre place et il a eu l'humilité de se laisser dominer par son environnement."



Le Mucem vu de la passerelle qui accède au toit 

Le fort Saint-Jean et au fond le fort Saint-Nicolas


Le Mucem relié au fort Saint-Jean par la passerelle

En pénétrant dans cette exposition, je ne sais pas ce que je vais trouver, j'espère beaucoup, j'attends énormément, j'attends intensément et... je suis comblée. 
Tant de très belles choses, tant de manuscrits, tant de témoignages, tant de documents, tant de photos, tant de tableaux des peintres amis, tant de cinéma... Tout cela traité avec sobriété et élégance.

Et maintenant à nous...


La tranchée...

" Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux ou trois jours sans y penser, et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur."
Jean Giono - Je ne peux pas oublier 1934


Bernard Buffet, un des panneaux de "L'Enfer de Dante"

Après une introduction très sombre, très noire et le passage de la tranchée (3), puis une salle dédiée à Bernard Buffet, intitulée "L'enfer de Dante" (pas indispensable à mon avis), nous entrons enfin dans l'univers de Jean Giono.


De nombreux manuscrits s'offrent à notre lecture...

Les nombreux manuscrits s'offrent à notre lecture avide de "ses" mots. Les photos gigantesques du plateau de Canjuers et du Contadour nous proposent un décor à la mesure de l'homme, nous sommes bien en Haute-Provence ou plus exactement dans les Basses-Alpes ! 












Les salles se succèdent, toutes plus abondantes, on entre dans le domaine secret de l'écrivain. 
On y aborde tous les sujets, on y parle ouvertement de ce qui fâche sans tabou (4), on explique, on apprend, on découvre, on 'décortique', on justifie, on admire les oeuvres des peintres amis, on consulte les cahiers, les témoignages qui nous confortent dans nos connaissances.

Quelques oeuvres de peintres amis

" Je découvris que l'écriture pouvait être un dessin, je n'écrivais pas 'bien' j'écrivais 'beau'."


"J'adore écrire, ma première pipe allumée, je m'installe. Tous les jours, c'est le même bonheur. J'aime les mots. Écrire c'est être libre !"



Il faut aborder aussi des sujets plus sensibles et plus noirs :

Maladroit ? Imprudent ? Léger ? Jean Giono sera taxé à tort de collaborationniste en publiant des écrits durant la seconde guerre mondiale dans 'La Gerbe' et 'Signal', deux journaux de propagande, le premier français et antisémite et le second allemand.
Hélas, ces malentendus laisseront des traces et alimentent encore de nos jours une certaine rumeur. Et pourtant ...(5)




La Gerbe


Signal

Puis comme pour donner un peu plus de couleur et fuir la noirceur  du sujet précédent, une jolie bibliothèque s'offre à notre regard, posée tout près d'une gigantesque fresque littéraire... Encore à la mesure de l'homme ! Bref on ne sait plus où donner de la tête !! 




Le 'cabinet d'amateur' de Clémentine Mélois


Et enfin, repus de tant de lecture, essayant de conserver tous ces documents en mémoire, nous  pénétrons dans un espace beaucoup plus divertissant, sonore, joyeux et ludique avec un parcours consacré au cinéma.





Celui de Jean Giono avec 'Crésus', de Marcel Pagnol avec 'Jofroi de la Maussan', de Jean Paul Rappeneau avec 'Le Hussard sur le toit', de Raoul Ruiz avec 'Les âmes fortes', de François Leterrier avec 'Un roi sans divertissement'  ou encore de François Villiers avec 'L'Eau vive'




De nombreux extraits de ces films, tous adaptés de l'oeuvre sont projetés sur écran géant. Les affiches en grand format viennent illustrer l'ensemble rajoutant de la gaîté, de la musique et de la couleur et évoquant en chacun de nous de merveilleux, tendres et divertissants souvenirs.





Pour avoir eu la chance d'assister à la session "Giono, artisans d'images", je peux attester que cette dernière partie de l'exposition adhère parfaitement à tout ce que nous avons vu et entendu ensuite à l'auditorium du Mucem sous la direction de Jacques Mény et avec les participations de Nicolas Pagnol et Jean-Pierre Darroussin.






A l'auditorium, Jacques Mény (7) et Nicolas Pagnol (petit-fils de Marcel) 


Jean-Pierre Darroussin en lecture du "Hussard sur le toit"

Ce dimanche soir 19 janvier, après ces quatre jours de temps suspendu et la projection du 'Hussard sur le toit', je ne peux pas dire exactement ce que j'ai ressenti sur l'instant. 
Je savais que c'était terminé et que la nostalgie (déjà en route...) allait très vite s'installer.
Je savais  aussi que désormais tous ces souvenirs seraient gravés dans ma mémoire, que l'émotion et les sentiments de reconnaissance et de  fierté étaient intacts ; que tout ce que je venais de vivre était tel que je l'avais imaginé et surtout, surtout, que je serais bien restée encore un petit peu...
La vie est faite de petits bonheurs à partager et ce séjour marseillais en fut un... MERCI !! 



Quelques achats ...

Le très beau catalogue de l'exposition


Quatre mois ont passé,
Quatre mois si vite écoulés,
Il nous reste les souvenirs,
Il nous reste de quoi réfléchir,
Il nous reste les mots pour le dire,
Il nous reste les mots pour l'écrire, 
Il nous reste dès demain,
Qu'à inscrire le mot FIN... 


Dernière image du Mucem ce soir du 19 janvier... et la nostalgie s'installe déjà... !! 


Lucien Jacques au musée 'Regards de Provence'


"Le sourcier de Giono"



En marge de l'hommage du Mucem nous avons pu voir au musée 'Regards de Provence', juste en face sur le parvis, une exposition  intitulée 'Lucien Jacques, le sourcier de Giono', riche elle aussi de l'oeuvre de cet artiste pluridisciplinaire comme le dit Jacky Michel (6)  qui se charge à longueur d'année de faire reconnaitre et perdurer l'oeuvre de Lucien. 


Lucien Jacques et Jean Giono

Voici ce que dit Sylvie Giono de Lucien : " Quand j'ai connu Lucien Jacques, il y avait fort longtemps qu'il faisait partie de notre famille. Il était arrivé dans les années 1920 à Manosque pour rencontrer mon père. immédiatement, il s'est intégré, devenant un membre à part entière de la maison Giono." (...) de quatre ans plus âgé que mon père, il était en communion d'idées avec lui."



Aquarelle de Lucien Jacques, le pont transbordeur à Marseille

Et un dernier achat ... le catalogue...

(1) Titre à la une de 'La Provence' au lendemain de l'inauguration.

(2) André Poggio - Trésorier de l'association des Amis de Jean Giono et vice-président et trésorier de "L'Essaillon" : https://essaillon-sederon.net/POGGIO-Andre, écrivain dont les sages paroles, toujours poétiques,  la belle écriture et les connaissances Gioniennes me sont d'une grande aide.

(3) Je ne reviendrai pas sur la vision d'Emmanuelle Lambert, commissaire de l'exposition et aussi auteure du "Giono Furioso" qui considère que l'écrivain est "né dans les tranchées" je ne suis pas assez qualifiée pour juger de ce parti-pris.
Par contre, Je suis capable d'écouter son avis et celui des autres, différents comme celui d'André Lombard (voir son blog : http://sergefiorio.canalblog.com/) ou plus mesuré et complémentaire  comme celui d'André Poggio. Comme j'ai su écouter la parole sage et concrète de mon amie Michèle Ducheny (auteure de Giono et les peintres : http://users.skynet.be/giono.peintres/ ) qui m'a expliqué l'autre vision des choses et qui m'aide aussi beaucoup, notamment à la re-lecture. 
Pour avancer, je pense que chacun a la liberté de s'exprimer et de raisonner différemment, tout peut s'entendre, tous ces avis sont bons à prendre et seul jean Giono pourrait nous expliquer... 

Autant j'ai apprécié le beau travail de la Commissaire sur cette exposition très réussie et sur le magnifique catalogue qui l'accompagne, autant je suis beaucoup plus réservée sur son livre "Giono Furioso". 
Certes l'analyse est intéressante mais le contenu me laisse un grand malaise. Certaines choses intimes dévoilées n'ont pas leur place, ce n'était pas le 'moment' et réduire à quelques lignes l'aventure du Contadour comme une vulgaire histoire d'adultère, là c'est trop... Tous ces propos relèveraient plutôt d'une biographie à ré-écrire, me semble-t-il.
J'apprécie encore moins le ton beaucoup trop familier, incorrect, employé pour s'adresser à l'écrivain, je cite en exemple : " Son oeuvre et nos quatre-vingts ans d'écart m'autorisent également cette familiarité. Il est si grand, et si loin. Et après tout, il est mort."
E bien non, cela n'autorise pas tout... et cet ouvrage vient quelque peu ternir la belle fête annoncée... C'est juste mon avis...

(4) et (5) Pacifiste intégral, Giono a refusé de s'engager durant la seconde guerre mondiale. En 1944 il sera arrêté "Pour acte de collaboration avec intention de servir l'ennemi" ...Mais aucune charge ne sera retenue contre lui et il sera libéré.
Lors de l'exposition de nombreux documents dévoilent que l'écrivain a caché chez lui de nombreuses victimes de l'occupation. (source internet).

(6) Jacky Michel est le président de l'association des Amis de Lucien Jacques  qui se situe à Gréoux-les-bains.
 http://amislucienjacques.fr/ 
A la suite de l'évènement marseillais, une exposition similaire largement développée se tient au château de Gréoux jusqu'au 24 mai 2020.
https://www.tourisme-alpes-haute-provence.com/evenement/apidae-exposition-lucien-jacques-salle-des-gardes-5390725/

(7) Jacques Mény est le Président de l'Association des Amis de Jean Giono, il oeuvre chaque jour pour nous régaler de ces connaissances gioniennes.
 http://www.rencontresgiono.fr/lassociation.html








mardi 11 février 2020

Promenade à Manosque, "L' École normale supérieure du bonheur" ...


" Au travers de tout ce que vous allez voir dans Manosque, cherchez son âme, c'est un travail qui vous paiera."

Source Manosque 
"Je suis né à Manosque et je n'en suis jamais parti. Le charme de ce pays ne s'épuise pas..."
Jean Giono - Provence


"Manosque est à la pente des collines, au fond d'un golfe de plaine".
Jean Giono - Manosque des plateaux


Manosque

Aujourd'hui je vous propose une petite promenade dans Manosque. Nous découvrirons tour à tour la ville close et ses portes moyenâgeuses, ses ruelles, ses fontaines, ses églises, ses boulevards : "Une ville de couvents, de jardins intérieurs, de puits et de magnifiques fontaines. "
Pour cette balade "gionienne" je me suis laissée guider par ma connaissance des lieux et les écrits de l'auteur, mais aussi par le petit livret de Monsieur Louis Michel, intitulé "Une balade dans Manosque avec Jean Giono" dont j'avais fait l'acquisition il y a déjà quelques années à l'office de tourisme.

L'avenue Jean Giono au début du XXème siècle ( source Manosque d'autrefois)



Nous entrons dans la ville par l'avenue Jean Giono, normal me direz-vous... et tout de suite s'offre à nous la ville close qui se découvre par la porte Saunerie :

La porte Saunerie


"Il y avait à l'entrée de la ville, une belle porte moyenâgeuse, vous me direz, elle y est encore ! Non, il y a bien quelque chose qui lui ressemble, mais ce n'est plus elle, la mienne avait comme coiffure, une genoise de tuiles grises, celle-là arbore des créneaux de pierre neuve, insolites, insolents et faux."
Jean Giono - Manosque-des-plateaux



L'ancien Comptoir d'escompte sur la promenade Aubert Millot



Si nous partons vers l'est par la promenade Aubert Millot nous passerons émus devant le Comptoir national d'escompte (maintenant Crédit agricole) où l'auteur a travaillé dans sa jeunesse et descendrons ensuite les escaliers de la Plaine pour accéder au boulevard du même nom.


 " La ville a un visage : "La Plaine". Un visage là, juste au bord de la route."
Jean Giono - Manosque-des-Plateaux

"La Plaine"

"Chaque dimanche, à deux heures de l'après-midi, tout ce qui comptait ici allait en grand équipage faire promenade sur une sorte de terrasse plantée d'ormes qui domine la Plaine d'une cinquantaine de mètres... Esplanade qui s'étale sur les débris de nos anciens remparts. (...) On l'appelle Bellevue ? Ce qui s'accorde avec l'élégance qui s'y déploie."
Jean Giono - Le moulin de Pologne



A l'extrémité de la Plaine, les deux escaliers séparés par une haie...

"Les puristes se sont moqués de nous parce que nous avons toujours parlé des "escaliers de la Plaine" ; c'est pourtant légitime. Il y en a deux, séparés par une haie de fusains, deux ouvrages bien distincts et qui autorisent le pluriel. 
Giono toute sa vie, sans aucune dérogation, empruntera toujours le même : celui de gauche en montant, tant à la montée qu'à la descente. Il a besoin pour travailler d'une certaine harmonie. Il me le dira bien souvent."
Pierre Magnan - Pour saluer Giono



Les escaliers de la Plaine

En remontant le boulevard circulaire nous arrivons dans le quartier "d'Aubette". Juste avant sur la gauche, se glisse à l'arrière de l'église Saint Sauveur la rue Chacundier, je souligne cette rue car elle a vu naître l'écrivain Pierre Magnan cher à mon coeur.


Rue Chacundier

Donc, nous disions, en remontant vers le boulevard des Tilleuls ... Le quartier d'Aubette :





Rue d'Aubette

" Le quartier d'Aubette, cette porte par laquelle l'aube entre dans la ville."
Jean Giono - Manosque-des-Plateaux

En face de la rue d'Aubette sur le trottoir de gauche se trouve la fontaine d'Aubette :


La fontaine d'Aubette

"À cette fontaine viennent boire les troupeaux transhumants... Cette fontaine de transhumance est sur le bord de la ville, hors les murs."
Jean Giono - Manosque-des-Plateaux


A cet endroit , tout de suite après la fontaine, commence la Montée des Vraies Richesses, celle qui mène tout droit à la maison de Jean Giono, "Le Paraïs" juste au bout d'un petit sentier du même nom. Plus haut encore, on entame l'ascension vers le Mont d'Or. (1 et 3) 





" J'arrive chez moi par un petit sentier qui n'est pas, comme on dit, carrossable. (...) Après les Champs Elysées, ce petit sentier me plaisait bien."
Jean Giono - Les terrasses de l'Ile d'Elbe


Le sentier du Paraïs et la maison de Jean Giono

"Je la regarde quelquefois de la fenêtre de mon bureau, et je vois que c'est une ville toute dorée. C'est une ville à peu près semblable aux villes italiennes dans lesquelles je me suis baladé."
Jean Giono - entretiens


Après ce petit détour "Hors les murs" Nous reprenons le boulevard des Tilleuls pour arriver enfin à la porte Soubeyran. Ici et là nous pouvons remarquer des façades munies de poulies à hauteur de toit mais aussi de galeries couvertes.



Les galeries couvertes, sortes de balcons sur les toits


"C'était ce qu'on appelle ici une galerie, c'est-à-dire une sorte de terrasse couverte sur le toit."
Jean Giono - Le Hussard sur le toit

Ou encore ...






" De petites villes comme Manosque sont, à la vérité, des agglomérations de paysans... Chaque maison s'ouvre sur la rue par une porte charretière."
Jean Giono - Provence

Avant de s'enfoncer dans la ville close, un petit détour vers l'ouest jusqu'à l'école Saint-Charles sur le boulevard Camille Pelloutier , rien de plus banal, si ce n'est le souvenir de son illustre élève...

"Il y avait une vallée d'ormes... La vague de feuilles commençait là-haut vers le Soubeyran... Du côté du soleil couchant, la ville est comme un pain trop cuit."
Jean Giono - Manosque des Plateaux

" Voilà dit-elle, vous savez que nous avons à Saint-Charles une école."


La cour du collège Saint-Charles en 2018


Photo ancienne ( source Delcampe) on reconnait aisément les bâtiments 



Ce bulletin scolaire m'a été offert par
Monsieur Maurice Chevaly (4) (j'espère qu'il vient bien de Saint-Charles !) 


"J'allais à l'école chez les soeurs de la présentation." (...)
" Le lundi de Pâques on avait des vêpres particulières dans l'églisette de Saint-Charles."
Jean Giono - Jean le Bleu


L'entrée du collège Saint-Charles sur le boulevard et son "églisette" 

Revenons légèrement sur nos pas pour passer sous la porte Soubeyran et pénétrer dans la ville close :


"Il faut que j'aille tout de suite chez Giuseppe se dit Angelo. Il me semble que je dois monter par là jusqu'à une sorte de clocher surmonté d'un bulbe de ferronnerie et sous lequel passe une porte.(...)
"Il arriva enfin au portail surmonté d'un bulbe en ferronnerie dont il s'était souvenu, il ouvrait sur une ruelle obscure..."
Jean Giono - Le Hussard sur le toit



Porte Soubeyran


Dès que l'on a passé la porte Soubeyran, en empruntant la rue du même nom, tout de suite sur la gauche se trouve la rue du Poète. A dire vrai ce n'est pas une rue mais une impasse.




" Il habite rue du poète ...J'ai des amis qui vont rire parce qu'ils la connaissent bien la rue du Poète, c'est une impasse (...) au fond de la rue, le mur est troué d'une porte."
Jean Giono - Rondeurs des jours


Rue du Poète




Nous sommes maintenant rue du Soubeyran avant de gagner la Place Marcel Pagnol et la rue des marchands. Un endroit très agréable, cette place Marcel Pagnol, encadrée par deux bouquinistes,  ombragée à souhait et parsemée de terrasses accueillantes et de restaurants, tout cela s'articule autour d'une jolie fontaine.








"Je me dirigeai vers la rue des Marchands éclairée par des boutiques. Il me semble que cette rue était chaude comme un four, qu'il m'était possible ce soir de faire comme les chiens et de retrouver dans cette chaleur les odeurs diverses de tous ceux qui habitaient là. (...) La fontaine des "quatre coins" faisait l'insolente à côté du bureau de tabac. J'avais soif et je me mis à boire au canon. L'eau me coulait dans le cou."
Jean Giono - Jean le Bleu


La fontaine des 4 coins et le bar du même nom
(source Manosque mon amour - Gérard Mévouillon)

Le bar des 4 coins de nos jours (on note que la fontaine a disparu)


La place Marcel Pagnol et les bouquinistes

Nous atteignons la place de l'Hôtel de ville et son édifice majestueux, sa belle terrasse de café et le portail de Notre Dame de Romigier, (cette église reçoit de belles expositions tout au long de l'année). nous entrons dans la rue Grande... Ah! la rue Grande... ruelle commerçante où se trouve aussi la maison qui a abrité l'enfance de Jean Giono.


La place de l'hôtel de ville


Notre-Dame de Romigier

Nous voici dans la rue Grande, c'est au 14 donc, dans cette maison haute avec un escalier étroit que Jean Giono a passé son enfance, l'atelier de repassage où s'activait sa mère Pauline se trouvait au rez-de-chaussée  et au troisième  étage était l'atelier de cordonnier de son père ,  mais c'est juste en face au 1 rue Torte qu'il est né. (2)





La maison du no 1 rue Torte 

"Cette invraisemblable rue Torte, qui se tord et se détord, coupée du boulevard des Lices, pour aller finir rue Sans Nom..."
Jean Giono - Manosque-des-Plateaux




"Je montais l'escalier et, chaque fois que mon pied rencontrait dans l'ombre la marche de grès, je tremblais de toucher un de ces crapauds blancs évadés ou bien de glisser, comme un abricot pourri, sur le coeur tout chaud d'un serpent."
Jean Giono - Jean le Bleu




" Les ruelles étroites gardent leur fraîcheur dans les étés les plus torrides..."
Jean Giono - Provence

La rue Grande


"Notre maison était toute double ; elle avait deux voix et deux visages. Au rez-de-chaussée était l'atelier de repassage de ma mère. (...) 
Jean Giono - Jean le Bleu




La maison au no 14 rue Grande

"Je me souviens de l'atelier de mon père. Je ne peux pas passer devant une échoppe de cordonnier sans croire que mon père est encore vivant, quelque part dans l'au-delà du monde, assis devant une table de fumée, avec son tablier bleu, son tranchet (...) en train de faire des souliers en cuir d'ange, pour quelques dieux à mille pieds."
Jean Giono - Jean le Bleu

"Au-dessus de l'atelier de mon père était un vaste grenier sonore comme une cale de navire. Une large fenêtre, dominant toute la cour aux moutons permettait de voir, au-delà des toits, par là-bas au loin, le scintillement de la rivière, le sommeil des collines, et les nuages qui nageaient avec de l'ombre sous le ventre." 
Jean Giono - Jean le Bleu



Nous nous arrêterons aussi sur la place Saint-Sauveur et sa fontaine et où semble posée l'église du même nom. Le clocher de l'église est surmonté d'un superbe campanile en fer forgé, un des plus ouvragés et des plus anciens de Provence.



"L'église Saint-sauveur agenouillée la bouche dans la poussière..."
Jean Giono - Manosque-des-Plateaux

Le campanile de Saint-Sauveur



Nous voici maintenant revenus à notre point de départ, repassons sous la porte Saunerie afin de sortir de la vieille ville, un dernier petit tour sur la droite, au début du boulevard Élémir Bourges où se trouve le centre Jean Giono.(5)


Le centre Jean Giono, boulevard Élémir Bourges


"Il n'est jamais sage de quitter son pays pour courir après l'ombre de joies qui sont facilement atteintes dans leur matérielle vérité."
Jean Giono - Préface à la géographie des Basses-Alpes 1939






(1) voir articles : "Le Paraïs, arche de Noé" - "Un divertissement de Roi"
(2) voir article : "Manosque, terre natale et port d'attache"
(3) voir article : "Au pays des collines, Toutes Aures et le Mont d'Or"
(4) Maurice Chevaly :  Professeur de lettres, poète et écrivain - né à Manosque 
auteur de : "Giono vivant, notre ami Jean le Bleu" et "Giono à Manosque"
(5) Centre Jean Giono : https://centrejeangiono.com/