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lundi 9 mars 2020

Un cinquantenaire à la hauteur de l'homme...



Merci à Alain pour sa présence fidèle, son écoute et les bons moments,
Merci à mon amie Michèle Écochard pour avoir partagé toutes ces belles journées avec moi,
Merci à tous mes amis, Michèle et  André P. pour leur aide précieuse et leur écoute attentive,
Merci à Jacques Mény pour son immense savoir et son grand professionnalisme,
Merci à Jean-Pierre Darroussin pour les belles lectures qui n'ont fait que conforter mon admiration,
Merci aux amis du Paraïs d'avoir oeuvré dans l'ombre,
Merci à Sylvie Giono d'avoir permis tout cela... 
Merci le Mucem et merci Marseille !! 


Pour Nicolas... qui attend avec impatience de me lire...!


Exposition Jean Giono à Marseille 


 Cinquantième anniversaire de la disparition de l'écrivain 

Giono, l'âme forte de la Provence...(1)


Détail de l'installation 'Un cabinet d'amateur', Clémentine Mélois au Mucem


En arrivant gare Saint-Charles ...





En  arrivant gare Saint-Charles, quelques pas rapides sur le quai avant de s'arrêter sur le parvis, halte obligatoire, la ville est là à nos pieds. 
La bonne-mère veille sur l'ensemble, les tuiles roses se dorent au soleil et à l'horizon, la mer noire et argent éblouit l'oeil pas encore apprivoisé à tant de lumière.
Il suffit cependant de descendre les escaliers monumentaux, de courir irrésistiblement vers la Canebière et enfin, nous y sommes... le Vieux Port tout de bleu vêtu,  le marché aux poissons qui brade le reste de pêche du matin,  une armée de mâts qui cliquètent sous une légère brise,  chaque chose est à sa place, les terrasses de café s'animent, le "Ferry-boat" (Ferry boîte en marseillais) interpelle les passants pour un prochain départ,  le clocher des Accoules sonne l'heure et nous, eh bien nous, nous avions tout simplement oublié combien tout cela était BEAU...!! 








Oui nous y sommes...!! Je vais réaliser enfin, maintenant,  ce dont je rêve depuis quelques mois déjà !
Direction l'esplanade du Mucem. Et c'est parti pour quatre jours d'immersion dans le monde gionien... 





Lorsque au loin je distingue enfin son nom en lettres géantes sur la paroi de verre, quelle émotion, quel sentiment de fierté... 
J'ai tant espéré cet instant, c'est une belle aventure qui commence, une belle récompense et une grande reconnaissance...  Pendant 4 mois, de jour comme de nuit ces lettres ont brillé et comme le dit mon ami André Poggio (2)

" Pendant plusieurs mois le nom de Giono s'est imposé  à la vue d'autres milliers de touristes qui ne faisaient que se promener dans le quartier le plus spectaculaire de Marseille. Dans notre monde d'affichage, ce n'est pas rien."




De jours comme de nuit, l'hommage ...

Quelques photos des dessous chics du musée,  de son environnement majestueux et de son ouverture sur la "Grande Bleue". Tout cela avant la grande découverte...!!

















André Poggio, encore, a su mieux que personne trouver les mots  pour nous raconter le lieu : 

"Le plus grand mérite du Mucem est d'avoir été érigé dans un lieu merveilleux, entre les masses considérables du fort Saint-Jean et la cathédrale, avec la colline de Saint-Laurent et le Panier en contrefort, avec la mer comme échappatoire, oui le lieu est merveilleux.
Il ne peut qu'agir bénéfiquement sur tout ce qui vient y prendre place et il a eu l'humilité de se laisser dominer par son environnement."



Le Mucem vu de la passerelle qui accède au toit 

Le fort Saint-Jean et au fond le fort Saint-Nicolas


Le Mucem relié au fort Saint-Jean par la passerelle

En pénétrant dans cette exposition, je ne sais pas ce que je vais trouver, j'espère beaucoup, j'attends énormément, j'attends intensément et... je suis comblée. 
Tant de très belles choses, tant de manuscrits, tant de témoignages, tant de documents, tant de photos, tant de tableaux des peintres amis, tant de cinéma... Tout cela traité avec sobriété et élégance.

Et maintenant à nous...


La tranchée...

" Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux ou trois jours sans y penser, et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur."
Jean Giono - Je ne peux pas oublier 1934


Bernard Buffet, un des panneaux de "L'Enfer de Dante"

Après une introduction très sombre, très noire et le passage de la tranchée (3), puis une salle dédiée à Bernard Buffet, intitulée "L'enfer de Dante" (pas indispensable à mon avis), nous entrons enfin dans l'univers de Jean Giono.


De nombreux manuscrits s'offrent à notre lecture...

Les nombreux manuscrits s'offrent à notre lecture avide de "ses" mots. Les photos gigantesques du plateau de Canjuers et du Contadour nous proposent un décor à la mesure de l'homme, nous sommes bien en Haute-Provence ou plus exactement dans les Basses-Alpes ! 












Les salles se succèdent, toutes plus abondantes, on entre dans le domaine secret de l'écrivain. 
On y aborde tous les sujets, on y parle ouvertement de ce qui fâche sans tabou (4), on explique, on apprend, on découvre, on 'décortique', on justifie, on admire les oeuvres des peintres amis, on consulte les cahiers, les témoignages qui nous confortent dans nos connaissances.

Quelques oeuvres de peintres amis

" Je découvris que l'écriture pouvait être un dessin, je n'écrivais pas 'bien' j'écrivais 'beau'."


"J'adore écrire, ma première pipe allumée, je m'installe. Tous les jours, c'est le même bonheur. J'aime les mots. Écrire c'est être libre !"



Il faut aborder aussi des sujets plus sensibles et plus noirs :

Maladroit ? Imprudent ? Léger ? Jean Giono sera taxé à tort de collaborationniste en publiant des écrits durant la seconde guerre mondiale dans 'La Gerbe' et 'Signal', deux journaux de propagande, le premier français et antisémite et le second allemand.
Hélas, ces malentendus laisseront des traces et alimentent encore de nos jours une certaine rumeur. Et pourtant ...(5)




La Gerbe


Signal

Puis comme pour donner un peu plus de couleur et fuir la noirceur  du sujet précédent, une jolie bibliothèque s'offre à notre regard, posée tout près d'une gigantesque fresque littéraire... Encore à la mesure de l'homme ! Bref on ne sait plus où donner de la tête !! 




Le 'cabinet d'amateur' de Clémentine Mélois


Et enfin, repus de tant de lecture, essayant de conserver tous ces documents en mémoire, nous  pénétrons dans un espace beaucoup plus divertissant, sonore, joyeux et ludique avec un parcours consacré au cinéma.





Celui de Jean Giono avec 'Crésus', de Marcel Pagnol avec 'Jofroi de la Maussan', de Jean Paul Rappeneau avec 'Le Hussard sur le toit', de Raoul Ruiz avec 'Les âmes fortes', de François Leterrier avec 'Un roi sans divertissement'  ou encore de François Villiers avec 'L'Eau vive'




De nombreux extraits de ces films, tous adaptés de l'oeuvre sont projetés sur écran géant. Les affiches en grand format viennent illustrer l'ensemble rajoutant de la gaîté, de la musique et de la couleur et évoquant en chacun de nous de merveilleux, tendres et divertissants souvenirs.





Pour avoir eu la chance d'assister à la session "Giono, artisans d'images", je peux attester que cette dernière partie de l'exposition adhère parfaitement à tout ce que nous avons vu et entendu ensuite à l'auditorium du Mucem sous la direction de Jacques Mény et avec les participations de Nicolas Pagnol et Jean-Pierre Darroussin.






A l'auditorium, Jacques Mény (7) et Nicolas Pagnol (petit-fils de Marcel) 


Jean-Pierre Darroussin en lecture du "Hussard sur le toit"

Ce dimanche soir 19 janvier, après ces quatre jours de temps suspendu et la projection du 'Hussard sur le toit', je ne peux pas dire exactement ce que j'ai ressenti sur l'instant. 
Je savais que c'était terminé et que la nostalgie (déjà en route...) allait très vite s'installer.
Je savais  aussi que désormais tous ces souvenirs seraient gravés dans ma mémoire, que l'émotion et les sentiments de reconnaissance et de  fierté étaient intacts ; que tout ce que je venais de vivre était tel que je l'avais imaginé et surtout, surtout, que je serais bien restée encore un petit peu...
La vie est faite de petits bonheurs à partager et ce séjour marseillais en fut un... MERCI !! 



Quelques achats ...

Le très beau catalogue de l'exposition


Quatre mois ont passé,
Quatre mois si vite écoulés,
Il nous reste les souvenirs,
Il nous reste de quoi réfléchir,
Il nous reste les mots pour le dire,
Il nous reste les mots pour l'écrire, 
Il nous reste dès demain,
Qu'à inscrire le mot FIN... 


Dernière image du Mucem ce soir du 19 janvier... et la nostalgie s'installe déjà... !! 


Lucien Jacques au musée 'Regards de Provence'


"Le sourcier de Giono"



En marge de l'hommage du Mucem nous avons pu voir au musée 'Regards de Provence', juste en face sur le parvis, une exposition  intitulée 'Lucien Jacques, le sourcier de Giono', riche elle aussi de l'oeuvre de cet artiste pluridisciplinaire comme le dit Jacky Michel (6)  qui se charge à longueur d'année de faire reconnaitre et perdurer l'oeuvre de Lucien. 


Lucien Jacques et Jean Giono

Voici ce que dit Sylvie Giono de Lucien : " Quand j'ai connu Lucien Jacques, il y avait fort longtemps qu'il faisait partie de notre famille. Il était arrivé dans les années 1920 à Manosque pour rencontrer mon père. immédiatement, il s'est intégré, devenant un membre à part entière de la maison Giono." (...) de quatre ans plus âgé que mon père, il était en communion d'idées avec lui."



Aquarelle de Lucien Jacques, le pont transbordeur à Marseille

Et un dernier achat ... le catalogue...

(1) Titre à la une de 'La Provence' au lendemain de l'inauguration.

(2) André Poggio - Trésorier de l'association des Amis de Jean Giono et vice-président et trésorier de "L'Essaillon" : https://essaillon-sederon.net/POGGIO-Andre, écrivain dont les sages paroles, toujours poétiques,  la belle écriture et les connaissances Gioniennes me sont d'une grande aide.

(3) Je ne reviendrai pas sur la vision d'Emmanuelle Lambert, commissaire de l'exposition et aussi auteure du "Giono Furioso" qui considère que l'écrivain est "né dans les tranchées" je ne suis pas assez qualifiée pour juger de ce parti-pris.
Par contre, Je suis capable d'écouter son avis et celui des autres, différents comme celui d'André Lombard (voir son blog : http://sergefiorio.canalblog.com/) ou plus mesuré et complémentaire  comme celui d'André Poggio. Comme j'ai su écouter la parole sage et concrète de mon amie Michèle Ducheny (auteure de Giono et les peintres : http://users.skynet.be/giono.peintres/ ) qui m'a expliqué l'autre vision des choses et qui m'aide aussi beaucoup, notamment à la re-lecture. 
Pour avancer, je pense que chacun a la liberté de s'exprimer et de raisonner différemment, tout peut s'entendre, tous ces avis sont bons à prendre et seul jean Giono pourrait nous expliquer... 

Autant j'ai apprécié le beau travail de la Commissaire sur cette exposition très réussie et sur le magnifique catalogue qui l'accompagne, autant je suis beaucoup plus réservée sur son livre "Giono Furioso". 
Certes l'analyse est intéressante mais le contenu me laisse un grand malaise. Certaines choses intimes dévoilées n'ont pas leur place, ce n'était pas le 'moment' et réduire à quelques lignes l'aventure du Contadour comme une vulgaire histoire d'adultère, là c'est trop... Tous ces propos relèveraient plutôt d'une biographie à ré-écrire, me semble-t-il.
J'apprécie encore moins le ton beaucoup trop familier, incorrect, employé pour s'adresser à l'écrivain, je cite en exemple : " Son oeuvre et nos quatre-vingts ans d'écart m'autorisent également cette familiarité. Il est si grand, et si loin. Et après tout, il est mort."
E bien non, cela n'autorise pas tout... et cet ouvrage vient quelque peu ternir la belle fête annoncée... C'est juste mon avis...

(4) et (5) Pacifiste intégral, Giono a refusé de s'engager durant la seconde guerre mondiale. En 1944 il sera arrêté "Pour acte de collaboration avec intention de servir l'ennemi" ...Mais aucune charge ne sera retenue contre lui et il sera libéré.
Lors de l'exposition de nombreux documents dévoilent que l'écrivain a caché chez lui de nombreuses victimes de l'occupation. (source internet).

(6) Jacky Michel est le président de l'association des Amis de Lucien Jacques  qui se situe à Gréoux-les-bains.
 http://amislucienjacques.fr/ 
A la suite de l'évènement marseillais, une exposition similaire largement développée se tient au château de Gréoux jusqu'au 24 mai 2020.
https://www.tourisme-alpes-haute-provence.com/evenement/apidae-exposition-lucien-jacques-salle-des-gardes-5390725/

(7) Jacques Mény est le Président de l'Association des Amis de Jean Giono, il oeuvre chaque jour pour nous régaler de ces connaissances gioniennes.
 http://www.rencontresgiono.fr/lassociation.html








samedi 14 juillet 2018

Au fil des rues de Marseille selon Jean Giono... Jour 2



Jean Giono piéton à Marseille... Jour 2



Pour Nicolas...



"C'est un port, l'un des plus beaux du bord de l'eau. Il est illustre sur tous les parallèles. A tout instant du jour et de la nuit, des bateaux labourent pour lui au plus loin des mers.
Il est l'un des seigneurs du large. Phare français, il balaye de sa lumière les cinq parties de la terre. Il s'appelle le port de MARSEILLE."
Albert Londres - Marseille, porte du sud.






Jour 2 donc, poursuivons notre balade au fil des quartiers en compagnie de l'auteur...


Le quai Rive Neuve :

Jean Giono, "l'ami des peintres", en août 1935, il se rend à Marseille chez son ami Jacques Thévenet (1) et il écrit à Lucien Jacques :



12 quai Rive Neuve


"Cher Lucien, je suis à Marseille chez Jacques Thévenet (Il n'y est pas mais j'ai repris son atelier pour un mois 12 quai Rive Neuve) Si tu viens ici, arrive me voir."
Jean Giono et Lucien Jacques - correspondance



A gauche, Jacques Thévenet et au milieu Jean Giono.
(source la Pléiade)
Jacques Thévenet - le Paraïs (Source internet)

La rue de Rome, la rue Sylvabelle et le quartier Notre Dame :



La rue de Rome, aujourd'hui complètement aménagée, ne reçoit plus que le tram qui mène place Castellane... Elle qui était si bruyante et si polluée par la densité de sa circulation est devenue havre de paix. C'est un plaisir de s'y balader en admirant les jolis magasins. Un peu plus loin la rue Sylvabelle, bourgeoise, longue et assez étroite est bordée d'immeubles  Second Empire admirablement restaurés.



Rue de Rome et au fond place Castellane






Les immeubles cossus de la rue Sylvabelle




" Je me suis dis que de toute façon, il était maintenant trop tard pour monter la rue Sylvabelle et gagner la colline Notre Dame de la Garde, comme j'avais eu l'intention de le faire en quittant le tramway 54 et en m'engageant dans la rue de Rome".
Jean Giono - Noé



La rue Sylvabelle 


" Après avoir vu mes experts, je m'en allais dans le quartier Notre-Dame de la Garde que j'aime beaucoup à cause de son caractère de village de colline qu'il conserve malgré qu'il soit attenant à la ville".
Jean Giono - Noé


Boulevard Notre-Dame

Que dire de Notre-Dame de la Garde, cette bonne-mère protectrice,  tant convoitée, tant admirée, tant vénérée et sur qui l'on fonde tant d'espoir... C'est de là-haut qu'on embrasse toute la ville à 360°, instant magique ... 

Notre-Dame de la Garde 




La Canebière : 

"La Ville (...) Elle est ouverte au vent du large par un sillon nord-sud, la Canebière." 
Jean Giono - Provence



La Canebière et au fond la masse du fort Saint-Nicolas
 (Photo Nicolas Reymes)


"Quand dans mon trolleybus de Castellane, je traverse la Canebière, je vois, là-bas au fond, le fort Saint-Nicolas et, à l'endroit où le mur à son arête en forme de proue, l'emplacement de ma cellule."
Jean Giono - Noé


Le fort Saint-Nicolas : 

Le fort Saint-Nicolas érigé sur ordre de Louis XIV , est un ouvrage massif mais pour autant élégant. Il est la place défensive du vieux port dont il marque l'entrée, il impressionne par sa taille. Jean Giono y fut incarcéré quelques mois en 1939 à la déclaration de guerre (2).




"C'était une cellule pour un seul prisonnier dans laquelle nous étions deux. On était obligés de doubler les cellules parce qu'il y avait beaucoup trop de prisonniers. (...) Il y avait au sommet de notre porte cet endroit grillagé par lequel le prisonnier reçoit l'air. Cet endroit grillagé donnait en plein ciel parce que c'était une cellule qui se trouvait au sommet du fort Saint-Nicolas à Marseille. Dans cette cellule, le soir, quand la nuit tombait, que nous étions couchés, arrivait au bout d'un certain moment une toute petite étoile.
Jean Giono - Jean Amrouche - Entretiens


Le fort Saint-Jean


Juste en face au fort Saint-Jean donne la réplique au fort Saint-Nicolas, ouvrage défensif  initié au XIIe siècle, plus discret, plus distingué et beaucoup moins imposant mais au charme indéniable dû à sa pierre rose. On remarquera que Jean Giono note qu'il n'y a pas beaucoup de mâts dans le port de Marseille, s'il revenait aujourd'hui il serait fort étonné !! 




Le fort Saint-Nicolas dans sa largeur 




Les mats du Vieux port

"Il y a bien toujours quelques mâts (il y a très peu de mâts dans le port de Marseille) mais il y a surtout, haut sur l'horizon et murant entièrement tout le fond de la Canebière, le magnifique fort Saint-Nicolas. Le grand mur du fort qui me fait face se termine vers la gauche par une belle arête de proue. C'est exactement dans cette proue que j'avais ma cellule en 1939.(2) J'ai passé dans cette prison quelques-unes des plus belles heures de ma vie. Je ne mens pas."
Jean Giono - Noé


L'avenue du Prado , David et les plages :

Le Prado, large avenue en prolongement de la rue de Rome nous conduit tout droit vers la mer, c'est un boulevard accueillant et ombragé. Il est bordé de demeures d'un autre siècle, toutes plus élégantes avec des jardins luxuriants. L'arrivée vers le rivage et la corniche Kennedy est du plus bel effet !! 

" Sans jamais avoir eu l'allure aristocratique de celui de Madrid, le Prado de Marseille était une belle avenue ; elle est aujourd'hui dévorée par l'automobile, sauf dans sa branche qui va vers la mer où elle est restée ce qu'elle était à l'origine" (...)
Jean Giono - Provence




Le Prado dans sa partie dense 



La même avenue beaucoup plus calme, vers la mer


" Une résidence de feuillages et d'oiseaux. Elle est encore dans cette partie escortée de demeures, les unes belles, les autres dans un style 1900 assez touchant, mais toutes entourées de beaux arbres et de pelouses, parfois même de taillis. Elle débouche sur la mer dans la meilleure tradition des avenues d'aventure."
Jean Giono - Provence


"Une résidence de feuillages et d'oiseaux... "



La statue de David, au bas du Prado en ouverture sur la mer



Le vieux port : 

Peu importe l'heure à laquelle nous nous promenons sur le Vieux port, à chaque visite on est toujours étonné de tant de magie, on oublie toujours que c'est aussi beau... et pourtant de jour comme de nuit, on reste là à regarder, comme envoûtés !! 




Le vieux port

Le marché aux poissons : 


Chaque matin, elles s'installent les poissonnières, elles ont le verbe haut pour attirer les touristes. Ici on trouve tout ce qu'il faut pour faire la bouillabaisse, sans compter les daurades, les sardines, les poulpes et les galinettes. 


Les poissonnières au travail 


"Ces dames de la Halle aux poissons ne jouent leurs rôles que devant l'étranger, qu'elles reconnaissent à coup sûr. Mais, si elles ont affaire à quelqu'un de leur race, elles auraient honte de s'exprimer comme au théâtre."
Jean Giono - Provence



Et pour finir la mer...

A Marseille elle a le premier rôle... elle est celle par qui tout arrive et aussi, souvent celle par qui tout repart,  qu'elle soit bleue, verte, grise ou noire selon le temps elle est à cet endroit un des plus beaux paysages maritimes qui soit avec cette rade somptueuse, parsemée d'îles qui permet à la ville cette ouverture sur l'immensité : 



La plage de l'espace Borrely



Au large, le château d'If et les îles du Frioul



"Au-dessus d'elle dort la mer qu'on voit finir au fond du ciel contre une ligne droite et noire, mais vient en bas jusqu'au ras des murs bouillonner dans des blocs de ciments (...) les étincellements du soleil d'été composent sur la mer une immense ville de terrasses habitée d'une population verte et vive"(...)
Jean Giono - Noé


(...) "'Jusqu'au ras des murs bouillonner dans des blocs de ciment"...

" (...) On arrivait de plain-pied sur la plus haute terrasse et, tout de suite, on était aveuglé par le miroitement de la mer. Mais, pendant qu'on restait ainsi un instant, les yeux clos, à regarder le frémissement de la mer courir en ondulations noires sur le rouge des paupières fermées, on était enveloppé de ce baume de liberté qui emplit les vents marins."
Jean Giono - Noé







le chapelet d'îles vu depuis la Bonne-mère 



En un mot : Le SUD !! 


"Le climat, la langueur orientale des vastes eaux, les étés torrides, les siestes dans les salles fraîches où le bourdon des guêpes organise le halètement sensuel de rêves lourds."
Jean Giono - Noé


Fin du voyage et retour à Manosque :



Manosque, la gare (source Marseille et son histoire) 


"Pour un voyage aussi court que celui-ci à Marseille, quand je rentre, je retrouve sur le quai de ma gare cet air vif des Basses-Alpes et avec lui, mon pays, comme revenant d'un dépaysement extraordinaire, c'est que l'air d'ici a un goût particulier."
Jean Giono - Provence 




Le parvis de la gare de Manosque aujourd'hui

Le quai de nos jours (août 2018)




(1) Jacques Thévenet : (1891 - 1989) Peintre, ami de Jean Giono, il illustrera de belles éditions des romans et nouvelles de l'auteur comme Un de Baumugnes, Jean le Bleu, Provence... Ils effectueront ensemble et en famille plusieurs voyages en Italie. (http://users.skynet.be/giono.peintres/ (pages 115 à 117) - Michèle Ducheny)



(2)  Incarcération au Fort Saint-Nicolas : Jean Giono sera incarcéré à Marseille en septembre 1939 pour pacifisme et libéré quelques moins plus tard, ainsi dégagé de toutes obligations militaires. (Voir l'article sur le Fort Saint-Nicolas).