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vendredi 10 mars 2017

Les heureuses rencontres de Pierre Magnan....En Haute-Provence !





En Hommage à Pierre Magnan et à son oeuvre ... 



Depuis qu'il nous a quittés, Pierre Magnan reste étrangement absent de la scène littéraire et médiatique, on parle peu de ce bel auteur qui nous a enchantés de ses oeuvres, comme s'il était déjà oublié, effacé... En parallèle à mes deux précédents articles traitant de son amitié et de sa proximité avec Jean Giono voici un petit aperçu de ce "pays" qu'il aimait tant. 


"C'est un pays où pénétrer sur la pointe des pieds. Selon que vous vous affirmez puissant ou misérable, il vous accueillera en conquérant suspect ou en connaisseur éclairé."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre 



Pierre Magnan sur le perron de Sauvan
(photo Haute-Provence info) 


"Ce pays qui m'a vu naître..."

"J'ai voulu écrire bien longtemps avant d'avoir lu quoi que ce soit. Cette aspiration née du désespoir immédiat, dès que j'ai ouvert les yeux au monde, de ne pas savoir peindre et de la certitude que je ne pourrais jamais surmonter les servitudes que cet art supposait."



A Manosque, rue Chacundier un certain 19 septembre 1922...

Photo Paul Matheron-Tourre
 (avec autorisation de Manosque mon amour)

"Ce pays qui m'a vu naître et que je n'ai quitté à plusieurs reprises que sous la contrainte de l'exil...(...) Ma Provence était un pays de gens heureux auxquels leur pauvreté convenait. S'éveiller en elle chaque matin était la fortune suprême."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


Pierre Magnan, après maintes péripéties de jeunesse et de nombreuses demeures, vivait au Revest-Saint-Martin, trois pièces superposées sur trois étages. Quelques années après la mort de sa première épouse Louisette, il quitta cette modeste demeure pour rejoindre Forcalquier, "sa" capitale. Il décédera le 28 Avril 2012 à Voiron dans l'Isère auprès de sa seconde épouse Françoise.



"Moi je ne veux parler que d'un pays où domine Lure et la tête de l'Estrop."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre



Panorama autour du Revest
"Le pigeonnier, j'en avais envie depuis longtemps parce que je passais devant et c'était formidable. Ce n'est pas le pigeonnier en lui-même, c'était la vue, qui était de 360°. C'était extraordinaire ! Et puis les cieux ! Il y avait des cieux extraordinaires ! La grande ourse se couchait sur Lure... On ne peut pas obtenir ça avec de l'argent !"
Flore Naudin et Pierre Chavagné - Pour saluer Magnan - entretiens


Le pigeonnier du Revest



"J'ai écrit dans ce pigeonnier, la plupart de mes livres, j'y ai vécu heureux pendant trente ans."






"Nous tirerons ensemble vers cette terre promise pendant vingt-cinq ans car Louisette aussi a perdu ses racines et ce sont les mêmes que les miennes. Je ne suis pas son idéal, elle n'est pas le mien.(...) Seulement nous aurons un espoir en commun, ce sera le fondement de notre union. Et quand nous atteindrons enfin ce lointain rivage, nous serons comme Ulysse : sûrs de ne plus jamais quitter notre patrie, nous y vivrons enfin heureux."
Pierre Magnan - Un monstre sacré


"Quand venant de Paris, licencié économique, j'arrivai, il y a vingt ans de cela, dans mon pigeonnier du Revest, le premier matin où j'ouvris mes volets sur cent quatre-vingts degrés de beauté intransmissible, le pays m'a dit : "Sois tranquille : tu ne pourras plus bouger d'ici. Tous les ponts sont coupés. Ici plus rien ne peut t'arriver."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


Pierre Magnan repose depuis le 28 avril 2012 au petit cimetière du Revest, juste en face de "son" pigeonnier et au côté de sa première épouse Louisette.





Mane, "la Mane céleste" :


"Une secrète amitié me lie à ce village maintenant tranquille et dont on a peine à croire qu'il fut jadis et naguère affronté de manière inéluctable contre son voisin distant de deux kilomètres : Forcalquier."




Le village de Mane

"J'ai dit et répété mon émotion, lorsqu'on arrive en ce pays par la route d'Apt (...) J'ai reçu suffisamment de témoignages pour vous affirmer la commotion que tout le monde éprouve en présence du somptueux équilibre de ces deux cirques imbriqués l'un dans l'autre : Mane (1) au premier plan et Forcalquier  (2) ensuite comme en soutien, comme un grand frère en beauté."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


Depuis les jardins de Sauvan, Mane au premier plan
et en arrière-plan la citadelle de Forcalquier




La citadelle de Mane
"Fontaines, ruines, caves détruites sur des secrets vinicoles, gare désaffectée à laquelle nul ne touche plus..."

La gare désaffectée de Mane

..." Philosophie nonchalante des habitants qui regardent vivre la route tonitruante, cette rangée double de platanes sur un kilomètre qui doit être désormais unique en France (...)"



L'entrée du village sur la route d'Apt

"C'est tout cela Mane. Plus l'austère énigmatique Salagon solidement arrimé sur un socle de prés ondulants (...) Et alors en face, Sauvan  !
Mane est un écrin pour tant de joyaux.
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


Le Prieuré de Salagon, musée botanique et ethnologique 

Le château de Sauvan : 

" Enfin au-dessus de la plaine de Mane, il m'a été fait le cadeau d'un château dont je ne suis pas propriétaire mais que je modèle à ma guise. Il s'appelle Sauvan."

"Sauvan est une oeuvre d'art que je ne me lasse pas de ciseler avec des mots..."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


Avant de pousser la grille...



L'arrivée au château est un enchantement, la bâtisse se révèle au milieu d'un immense jardin classé "remarquable", la façade de pierres blondes aux chatoiements dorés reflète le soleil, les nombreuses fenêtres à petits carreaux forment un ensemble harmonieux. Des statues souriantes nous accompagnent dans notre visite, les paons gracieux nous accueillent en faisant la roue et en poussant leur célèbre cri de joie, les frondaisons immenses apportent un ombrage très appréciable au coeur des grosses chaleurs de l'été provençal.
La magnifique pièce d'eau énigmatique à souhait depuis le tournage du film "La Maison assassinée", tiré du roman éponyme de Pierre Magnan où elle joue un rôle majeur, est aujourd'hui un havre de paix où glissent silencieusement quelques cygnes majestueux.






"Au noyau de ce fruit, au centre de ce cirque, loin au milieu des terres, comme soustrait pour toujours aux mouvements des siècles, Sauvan est tapi, blond, de toutes ses pierres blondes, lumineux de toutes ses fenêtres dont chacun des petits carreaux multiplie les couchants multicolores, coquettement, à demi dissimulé sous la voilette mouvante de ses grands arbres."

Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


Les frondaisons du parc 



Le château est ouvert au public, ce sont les deux propriétaires qui nous font découvrir les lieux avec moult détails, c'est une visite pleine d'humour et remplie d'anecdotes cocasses.



"Ils s'appellent Jean-Claude et Robert Allibert. Ce sont des châtelains maçons, peintres, jardiniers, décorateurs, terrassiers, élagueurs. vous ne les rencontrerez jamais en habit de châtelain mais plutôt saupoudrés de céruse ou étoilés de plâtre. (...) Ils ont curé la pièce d'eau, réparé les fentes du bassin, remis le circuit d'alimentation en état. De nouveau, et il doit dire merci à chaque jour qui passe, le château peut se mirer dans son bassin."
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre









"Les fusains faisaient rideau devant lui en deux rangées serrées et quand il les eut dépassés, il découvrit sans transition la surface moutonnante d'un très grand bassin. (...) Des peupliers d'Italie lui faisaient une escorte verticale qu'élargissait encore la perspective du miroir d'eau."
Pierre Magnan - La Maison assassinée





"Gaspard s'aventura sur le large rebord du bassin, ses chiens étroitement serrés contre ses jambes. (...) Le pied lui manqua-t-il ? Le sol se déroba-t-il sous ses pas ? Qui peut dire ? Le fait est qu'il plongea dans l'eau de tout le poids de ses quatre-vingt-dix kilos en faisant des bras de grands moulinets inutiles. (...) Il entraîna dans sa chute les deux chiens déséquilibrés. (...) Tout se réduisit en un énorme plouf que le vent seul, sans doute entendit."

(...) "Il tenta de s'agripper au rebord et le manqua de peu parce que les chiens, d'une secousse, l'y arrachèrent..." 




Le miroir d'eau où glissent silencieusement les cygnes



"(...) Gaspard ne savait pas nager et de plus il savait qu'au dessous de lui, il y avait deux mètres cinquante de fond d'un bord à l'autre du bassin, long de quarante mètres et large de vingt, dont il était si fier.

Alors (...) Gaspard dans sa demi-inconscience, aperçut sous le clair de lune un homme debout sur la margelle et qui le regardait sans sourire et sans haine, comme curieusement, se débattre contre la mort. (...) Gaspard le reconnut tout de suite. Il sut que si il était là, s'il se montrait à lui dans le grand jour du clair de lune, placide et les mains dans les poches, c'est parce qu'il était certain que lui Gaspard allait mourir."
Pierre Magnan - La Maison assassinée





"Du fond de la cour s'avance un paon qui traîne sa queue. Il me regarde, sa poitrine est d'un bleu si farouche (...) l'oiseau a fermé les yeux, je ne sais pas si il a frémi ; je crois plutôt qu'il est resté immobile et que ce que j'ai vu n'était que l'approfondissement des splendeurs de la pauvreté."
Jean Giono - Provence


Les paons du parc de Sauvan

Forcalquier :

"Un fil conducteur m'était nécessaire, une sorte de satellite mental qui me permettait de voir au loin Forcalquier et ses passions..."

Pierre Magnan - Les romans de ma Provence




Forcalquier et sa citadelle





"Que dire en effet de cette ville qui ne soit pas réel immédiat, ayant seulement trait aux riches heures véritables de ce pays inexplicablement attirant?"

"Il fallait que tout fût inventé. Sauf la cathédrale, sauf les places, sauf les rues (...) sauf les arbres." 
Pierre Magnan - Les romans de ma Provence (Parlant de l'écriture de La Folie Forcalquier)





" Forcalquier était sous mes yeux. Depuis ma loggia, par-dessus le mur de la cour où se traînaient les branches nues de la glycine centenaire, je pouvais assister au réveil des uns et des autres dans les rues et sur les places. Dix coups assourdissants sonnaient à la concathédrale. Je jetai un regard fort aise sur les lointains et l'environ."
Pierre Magnan - La Folie Forcalquier







"Je raconte cette bagatelle pour faire toucher du doigt les bonheurs dont nous jouissons et que nul, faute de les connaître, ne nous enviait. Nous les camouflions comme des trésors enfouis au fond de notre conscience tranquille et nous n'en faisions jamais état, nous contenant à paraître toujours périr d'ennui et de pauvreté, ce qui nous donnait cet air maussade, tant brocardé par nos voisins manosquins, lesquels faisaient profession de paraître toujours hilares."
Pierre Magnan - La Folie Forcalquier




Le site des Mourres sur la route de Fontienne 
(en sortant de Forcalquier) 

"Néanmoins de ce facteur inconsolable j'avais compassion en dépit de ses opinions et je le suivais des yeux apitoyé, qui trébuchait en cheminant dans la montée de Fontienne."
Pierre Magnan - La Folie Forcalquier



Pierre Magnan sur la terrasse de son Pigeonnier du Revest
(Photo Patrick Box - Robert Laffont)

"Je garde ces visions dans mon coeur jaloux depuis cinquante ans, en toute quiétude..." 
Pierre Magnan - Ma Provence d'heureuse rencontre


(1) A Mane voir aussi : 

- Le Prieuré de Salagon et ses jardins, 
- La Maison des Produits de pays , pour ses douceurs et son grand choix de livres régionaux
- Le magasin d'usine "Collines de Provence" pour ses merveilleuses senteurs

(2) Revoir l'article du blog : Forcalquier, site remarquable et douceur de vivre


6 commentaires:

  1. C'est là une belle façon de rendre hommage à Pierre Magnan que cette évocation des lieux qui lui furent chers ; et les citations sont bien choisies, ainsi que les photos. Belle et agréable promenade que vous nous faites faire !
    André Lombard.

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    1. Merci cher André de ces beaux compliments ... J'ai adoré faire cet article !!
      Michèle

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. M. Ecochard13 mars 2017 à 21:15

      C'est une fois de plus vibrant à la fois de la chaleur, du soleil des couleurs vives de ces coins de Provence que nous aimons tant et des ombres du souvenir de Pierre Magnan tapi quelque part dans les plis du paysage que tu nous restitues si-bien chère Michèle

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  3. je découvre Pierre Magnan de façon fortuite au hasard d'une foire au livre entre mille ouvrages. Mais après quelques semaine de découverte la découverte de la montagne de Lure. Que de poésie de nature retrouvée de réconciliation avec l'univers ma seule patrie
    bien à vous

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    1. Alors, c'est forcément une belle découverte, vous ne serez jamais déçu !! Bonne lecture !!

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Bonjour,
Merci de votre intérêt pour mon blog et Jean Giono.