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samedi 14 juillet 2018

Au fil des rues de Marseille selon Jean Giono... Jour 2



Jean Giono piéton à Marseille... Jour 2



Pour Nicolas...



"C'est un port, l'un des plus beaux du bord de l'eau. Il est illustre sur tous les parallèles. A tout instant du jour et de la nuit, des bateaux labourent pour lui au plus loin des mers.
Il est l'un des seigneurs du large. Phare français, il balaye de sa lumière les cinq parties de la terre. Il s'appelle le port de MARSEILLE."
Albert Londres - Marseille, porte du sud.






Jour 2 donc, poursuivons notre balade au fil des quartiers en compagnie de l'auteur...


Le quai Rive Neuve :

Jean Giono, "l'ami des peintres", en août 1935, il se rend à Marseille chez son ami Jacques Thévenet (1) et il écrit à Lucien Jacques :



12 quai Rive Neuve


"Cher Lucien, je suis à Marseille chez Jacques Thévenet (Il n'y est pas mais j'ai repris son atelier pour un mois 12 quai Rive Neuve) Si tu viens ici, arrive me voir."
Jean Giono et Lucien Jacques - correspondance



A gauche, Jacques Thévenet et au milieu Jean Giono.
(source la Pléiade)
Jacques Thévenet - le Paraïs (Source internet)

La rue de Rome, la rue Sylvabelle et le quartier Notre Dame :



La rue de Rome, aujourd'hui complètement aménagée, ne reçoit plus que le tram qui mène place Castellane... Elle qui était si bruyante et si polluée par la densité de sa circulation est devenue havre de paix. C'est un plaisir de s'y balader en admirant les jolis magasins. Un peu plus loin la rue Sylvabelle, bourgeoise, longue et assez étroite est bordée d'immeubles  Second Empire admirablement restaurés.



Rue de Rome et au fond place Castellane






Les immeubles cossus de la rue Sylvabelle




" Je me suis dis que de toute façon, il était maintenant trop tard pour monter la rue Sylvabelle et gagner la colline Notre Dame de la Garde, comme j'avais eu l'intention de le faire en quittant le tramway 54 et en m'engageant dans la rue de Rome".
Jean Giono - Noé



La rue Sylvabelle 


" Après avoir vu mes experts, je m'en allais dans le quartier Notre-Dame de la Garde que j'aime beaucoup à cause de son caractère de village de colline qu'il conserve malgré qu'il soit attenant à la ville".
Jean Giono - Noé


Boulevard Notre-Dame

Que dire de Notre-Dame de la Garde, cette bonne-mère protectrice,  tant convoitée, tant admirée, tant vénérée et sur qui l'on fonde tant d'espoir... C'est de là-haut qu'on embrasse toute la ville à 360°, instant magique ... 

Notre-Dame de la Garde 




La Canebière : 

"La Ville (...) Elle est ouverte au vent du large par un sillon nord-sud, la Canebière." 
Jean Giono - Provence



La Canebière et au fond la masse du fort Saint-Nicolas
 (Photo Nicolas Reymes)


"Quand dans mon trolleybus de Castellane, je traverse la Canebière, je vois, là-bas au fond, le fort Saint-Nicolas et, à l'endroit où le mur à son arête en forme de proue, l'emplacement de ma cellule."
Jean Giono - Noé


Le fort Saint-Nicolas : 

Le fort Saint-Nicolas érigé sur ordre de Louis XIV , est un ouvrage massif mais pour autant élégant. Il est la place défensive du vieux port dont il marque l'entrée, il impressionne par sa taille. Jean Giono y fut incarcéré quelques mois en 1939 à la déclaration de guerre (2).




"C'était une cellule pour un seul prisonnier dans laquelle nous étions deux. On était obligés de doubler les cellules parce qu'il y avait beaucoup trop de prisonniers. (...) Il y avait au sommet de notre porte cet endroit grillagé par lequel le prisonnier reçoit l'air. Cet endroit grillagé donnait en plein ciel parce que c'était une cellule qui se trouvait au sommet du fort Saint-Nicolas à Marseille. Dans cette cellule, le soir, quand la nuit tombait, que nous étions couchés, arrivait au bout d'un certain moment une toute petite étoile.
Jean Giono - Jean Amrouche - Entretiens


Le fort Saint-Jean


Juste en face au fort Saint-Jean donne la réplique au fort Saint-Nicolas, ouvrage défensif  initié au XIIe siècle, plus discret, plus distingué et beaucoup moins imposant mais au charme indéniable dû à sa pierre rose. On remarquera que Jean Giono note qu'il n'y a pas beaucoup de mâts dans le port de Marseille, s'il revenait aujourd'hui il serait fort étonné !! 




Le fort Saint-Nicolas dans sa largeur 




Les mats du Vieux port

"Il y a bien toujours quelques mâts (il y a très peu de mâts dans le port de Marseille) mais il y a surtout, haut sur l'horizon et murant entièrement tout le fond de la Canebière, le magnifique fort Saint-Nicolas. Le grand mur du fort qui me fait face se termine vers la gauche par une belle arête de proue. C'est exactement dans cette proue que j'avais ma cellule en 1939.(2) J'ai passé dans cette prison quelques-unes des plus belles heures de ma vie. Je ne mens pas."
Jean Giono - Noé


L'avenue du Prado , David et les plages :

Le Prado, large avenue en prolongement de la rue de Rome nous conduit tout droit vers la mer, c'est un boulevard accueillant et ombragé. Il est bordé de demeures d'un autre siècle, toutes plus élégantes avec des jardins luxuriants. L'arrivée vers le rivage et la corniche Kennedy est du plus bel effet !! 

" Sans jamais avoir eu l'allure aristocratique de celui de Madrid, le Prado de Marseille était une belle avenue ; elle est aujourd'hui dévorée par l'automobile, sauf dans sa branche qui va vers la mer où elle est restée ce qu'elle était à l'origine" (...)
Jean Giono - Provence




Le Prado dans sa partie dense 



La même avenue beaucoup plus calme, vers la mer


" Une résidence de feuillages et d'oiseaux. Elle est encore dans cette partie escortée de demeures, les unes belles, les autres dans un style 1900 assez touchant, mais toutes entourées de beaux arbres et de pelouses, parfois même de taillis. Elle débouche sur la mer dans la meilleure tradition des avenues d'aventure."
Jean Giono - Provence


"Une résidence de feuillages et d'oiseaux... "



La statue de David, au bas du Prado en ouverture sur la mer



Le vieux port : 

Peu importe l'heure à laquelle nous nous promenons sur le Vieux port, à chaque visite on est toujours étonné de tant de magie, on oublie toujours que c'est aussi beau... et pourtant de jour comme de nuit, on reste là à regarder, comme envoûtés !! 




Le vieux port

Le marché aux poissons : 


Chaque matin, elles s'installent les poissonnières, elles ont le verbe haut pour attirer les touristes. Ici on trouve tout ce qu'il faut pour faire la bouillabaisse, sans compter les daurades, les sardines, les poulpes et les galinettes. 


Les poissonnières au travail 


"Ces dames de la Halle aux poissons ne jouent leurs rôles que devant l'étranger, qu'elles reconnaissent à coup sûr. Mais, si elles ont affaire à quelqu'un de leur race, elles auraient honte de s'exprimer comme au théâtre."
Jean Giono - Provence



Et pour finir la mer...

A Marseille elle a le premier rôle... elle est celle par qui tout arrive et aussi, souvent celle par qui tout repart,  qu'elle soit bleue, verte, grise ou noire selon le temps elle est à cet endroit un des plus beaux paysages maritimes qui soit avec cette rade somptueuse, parsemée d'îles qui permet à la ville cette ouverture sur l'immensité : 



La plage de l'espace Borrely



Au large, le château d'If et les îles du Frioul



"Au-dessus d'elle dort la mer qu'on voit finir au fond du ciel contre une ligne droite et noire, mais vient en bas jusqu'au ras des murs bouillonner dans des blocs de ciments (...) les étincellements du soleil d'été composent sur la mer une immense ville de terrasses habitée d'une population verte et vive"(...)
Jean Giono - Noé


(...) "'Jusqu'au ras des murs bouillonner dans des blocs de ciment"...

" (...) On arrivait de plain-pied sur la plus haute terrasse et, tout de suite, on était aveuglé par le miroitement de la mer. Mais, pendant qu'on restait ainsi un instant, les yeux clos, à regarder le frémissement de la mer courir en ondulations noires sur le rouge des paupières fermées, on était enveloppé de ce baume de liberté qui emplit les vents marins."
Jean Giono - Noé







le chapelet d'îles vu depuis la Bonne-mère 



En un mot : Le SUD !! 


"Le climat, la langueur orientale des vastes eaux, les étés torrides, les siestes dans les salles fraîches où le bourdon des guêpes organise le halètement sensuel de rêves lourds."
Jean Giono - Noé


Fin du voyage et retour à Manosque :



Manosque, la gare (source Marseille et son histoire) 


"Pour un voyage aussi court que celui-ci à Marseille, quand je rentre, je retrouve sur le quai de ma gare cet air vif des Basses-Alpes et avec lui, mon pays, comme revenant d'un dépaysement extraordinaire, c'est que l'air d'ici a un goût particulier."
Jean Giono - Provence 



Manosque, la gare de nos jours
Photo les gares de France - Jean-François Taslaud



(1) Jacques Thévenet : (1891 - 1989) Peintre, ami de Jean Giono, il illustrera de belles éditions des romans et nouvelles de l'auteur comme Un de Baumugnes, Jean le Bleu, Provence... Ils effectueront ensemble et en famille plusieurs voyages en Italie. (http://users.skynet.be/giono.peintres/ (pages 115 à 117) - Michèle Ducheny)



(2)  Incarcération au Fort Saint-Nicolas : Jean Giono sera incarcéré à Marseille en septembre 1939 pour pacifisme et libéré quelques moins plus tard, ainsi dégagé de toutes obligations militaires. (Voir l'article sur le Fort Saint-Nicolas).





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